« Ladies and gentlemen, Audrey’s Dance » (Saison 3, épisode 16)
Qu’est-il arrivé à Audrey Horn ? Apparue tardivement dans l’épisode 12, elle est méconnaissable. Mariée à un docteur castrateur avec qui elle n’entretient que des rapports conflictuels, elle semble plongée dans une vie léthargique, bien loin de ses éclats des deux premières saisons. Pendant 4 épisodes, elle intervient de manière récurrente, signifiant à son mari ses envies d’aller danser, de sortir enfin de ce cocon dans lequel elle semble enfermée depuis 25 ans.
Auparavant, on avait appris, choqués, qu’elle avait été violée par Mr. C. alors qu’elle était plongée dans un coma à la suite de l’explosion de la bombe à la banque, lors du dernier épisode de la saison 2. De ce viol, était né Richard Horn, l’horrible tueur d’enfant lancé sur les traces de son père – qui ne se gênera pas de le sacrifier.
A la fin de l’épisode 16, Audrey parvient enfin à emmener son mari au Roadhouse. Elle semble pourtant frustrée, jusqu’à ce que l’orchestre annonce par surprise qu’il va jouer le thème Audrey’s Dance. Une libération qui entraine la belle Audrey au milieu de la piste, afin d’entamer la même danse qui avait fait d’elle une légende dans la première saison.
Une scène aussi belle que curieuse. En effet, quelque chose cloche, un sentiment amorcé par l’annonce du véritable titre de la musique, brisant littéralement le quatrième mur. Une impression qui va vite se confirmer lorsqu’une bagarre éclate dans la foule, venant profaner le moment de grâce d’Audrey. On le sentait depuis un certain nombre d’épisodes, chaque scène au Roadhouse, au départ délicieusement nostalgique, montre dorénavant des personnages inconnus, dialoguant autour de superficiels et incompréhensibles gossips incluant des noms qui n’évoquent rien au spectateur. Et si Lynch avait fait des scènes au Roadhouse un équivalent au soap opera Invitation of Love, faux programme télévisé et vraie mise en abyme récurrente des deux premières saisons ?
Néanmoins, au lieu de singer avec malice le style feutré des soap opera, Lynch filme cette fois des séquences délibérément moins coupée de l’intrigue principale, dans lesquelles sommeillent une inquiétude sourde (le cri de la jeune asiatique au milieu de la foule, la blonde qui gratte ses plaies de manière épidermique, etc.). Les personnages phares des premières saisons y font même irruption : James, Shelly et donc Audrey. Cette dernière, à la suite de l’agression, semblera pourtant se réveiller subitement dans un autre espace, un autre monde, criant un « What ? » effaré et révélateur. Twin Peaks ne serait-elle pas un rêve ? Mais, dans ce cas, qui est le rêveur ?

