[TWIN PEAKS] 30 ANS, 30 ECLATS CHAOS

« In fact, we’re not gonna talk about Judy at all » (Saison 3, épisode 15)

Une scène en apparence anodine de Fire Walk With Me est devenue totalement centrale dans Twin Peaks The Return. C’est désormais de renommée, David Lynch avait déserté sa création lors de sa deuxième saison, revenant occasionnellement pour signer ses épisodes les plus iconiques. En parallèle, il préparait un film centré sur les derniers jours de Laura Palmer. Un chef d’œuvre mal reçu à sa présentation cannoise, qui pourtant aboutissait les formes narratives et visuelles les plus singulières de la série. Cooper y tenait finalement la place dans un étonnant caméo faisant également apparaître l’immense David Bowie dans le rôle de l’étrange Phillip Jeffries. 

Jeffries est un agent de la cellule Blue Rose, sous l’emprise des forces surnaturelles de la Black Lodge, et qui disparait subitement, par un truchement, presque aussitôt qu’il n’est apparu. Son intervention, cryptique, dans laquelle il clame qu’il ne souhaite pas parler d’une certaine Judy, tout en pointant du doigt Cooper, signalant à ses collègues qu’il n’est pas celui qu’il prétend être, se révèle, à l’aune de la saison 3, sous un angle nouveau. Et si Jeffries était à ce moment au courant de ce qui allait se passer ? A la fin de cette scène, il déclare également : « We live inside a dream ! ». Une phrase lourde de sens qui fera réapparition dans l’épisode 17, et qui amorçait déjà en 1992, la dimension méta de Twin Peaks. On aurait dû le prévoir, Twin Peaks The Return perpétuera davantage l’héritage du film que celui des deux premières saisons, et chaque nouvelle vision de Fire Walk With Me et de ses Missing Pieces (ses scènes coupées) enrichit la troisième saison.

Malgré le décès de la légende Bowie en janvier 2016, Lynch ne s’est pas démoli et a fait revenir le personnage de Phillip Jeffries dans la troisième saison, plus exactement dans les épisodes 15 et 17. Une audace d’autant plus folle que, Jeffries, désormais membre permanent de la Black Lodge, fait son retour sous une forme forcément altérée : une grosse machine à brouillard aux airs de théière hallucinogène. On pense alors à Alice au pays des merveilles et ses créatures portées sur le thé, ou encore à la Chenille, cet être plein de sagesse qui aiguille Alice à l’aide de la fumée sortant de son calumet. Un hommage stupéfiant et osé, qui aurait certainement plu à cet ami et collaborateur de David Lynch.

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