« I told you to get out the fuckin’ way ! » (Saison 3, épisode 6)
Harry Dean Stanton avait 90 ans au moment du tournage de Twin Peaks The Return. Ça, David Lynch le savait très bien (les deux étaient d’ailleurs amis). S’il reprend son rôle de Fire Walk With Me, il apparaît finalement peu dans les 18 épisodes. Il est néanmoins au cœur d’une scène d’une extrême tristesse, l’une des plus déchirantes de cette troisième saison. Le temps d’une séquence en apparence anodine, on le voit assis sur un banc, en train de boire tranquillement son café. Il regarde en souriant une mère jouant avec son fils. Quelques secondes plus tard, la tendresse de cette scène sera brisée par une mort d’une extrême violence.
En parallèle, Richard Horn, le fils perturbé et glauque d’Audrey, se fait humilier par Red, leader aux pouvoirs surnaturels d’un nouveau gang arrivé en ville. Visiblement enragé par cet événement, il file à toute allure dans les rues de Twin Peaks, jusqu’à griller un feu rouge… et écraser, sans s’arrêter, le petit garçon qui s’amusait avec sa mère. La scène est terrible car tout Twin Peaks semblait baigner dans une atmosphère sirupeuse, hors du temps, avant de basculer subitement dans l’horreur.
La mère, qui tient le corps de son fils dans ses bras, est anéantie et prise d’un cri de douleur inconsolable. Le vieil homme incarné par Harry Dean Stanton osera s’avancer pour apaiser la mère abandonnée dans sa tristesse. Leurs regards se croisent, restent en suspens, soutenus par le thème déchirant et lyrique de Badalamenti. Quelques minutes plus tôt, ce même homme semblait attendre sagement sa fin sur son banc, et s’émerveillait de la vie du même enfant. Leurs destins se sont inversés. Lynch compose une séquence d’une intolérable cruauté, et d’une infinie compassion.
Si Twin Peaks The Return traite du temps passé et perdu, elle questionne également le destin de la nouvelle jeunesse. Le constat de Lynch et Frost est épouvantable. Ils filment une génération sacrifiée, condamnée à reproduire les erreurs des anciens – par exemple, la fille de Bobby et Shelly, qui s’acoquine d’une ordure, comme sa mère à l’époque avec Léo – voire abandonnée à un plus jeune âge que Laura, Audrey ou Ronette ne l’étaient (le fils de la droguée qui crie nerveusement « one-one-nine », Sonny Jim avant l’arrivée de Dale Cooper).

