[TWIN PEAKS] 30 ANS, 30 ECLATS CHAOS

« Hellooooooooo ! » (Saison 3, épisode 3)

En prenant la place de Dougie Jones plutôt que celle de Mr. C., Cooper est malheureusement revenu dans son monde incomplet. Il n’a plus souvenir de qui il est, et surtout, il semble s’être transformé en un automate cassé, dépourvu d’électricité, et fonctionnant par à-coups, éclairs de génie dont il ne semble pas lui-même conscient. Il reçoit néanmoins l’aide des forces surnaturelles de la White Lodge, et profite du fond de Cooper qui réside toujours en lui. Dougie Jones, qui est donc en vérité Cooper, est un personnage idiot, mais foncièrement bon et dénué de cynisme. Il vient succéder au vrai Jones, qui était visiblement un homme dégoutant et peu valeureux, une sorte de contrefaçon de Cooper, qui trompait sa femme, Janey-E (la merveilleuse Naomi Watts) et n’accordait aucune attention à son fils, Sonny Jim.

Lynch et Frost ont donc eu l’audace, non pas de dédoubler Cooper, comme on pouvait s’y attendre, mais de proposer trois versions du même personnage – où est l’Emmy Award de Kyle Maclachlan ? Dougie Jones est définitivement la surprise de Twin Peaks The Return, et certainement son élément le plus clivant. En effet, de nombreux spectateurs n’ont pas adhéré à la belle idée cachée derrière ce personnage d’idiot génial. Il était trop aisé de faire revenir Cooper, d’un coup de baguette magique. Non, il devra réapprendre à être Dale Cooper, héros tant aimé des deux premières saisons. Cet apprentissage passera par une nécessaire réparation de la cellule familiale des Jones, dont l’éclatement est en partie la faute de l’agent du FBI – sans Cooper, pas de Mr. C., et par conséquent, pas de Dougie. Le spectateur aussi devra apprendre à aimer Dougie Jones, s’il veut mériter Dale Cooper.

Enfin, le personnage de Dougie Jones sera l’occasion de prouver le génie burlesque de David Lynch. Un burlesque éloigné des Chaplin, Marx Brothers et Keaton. A l’inverse de ces derniers, Dougie est un corps amorphe, plus proche du légume, ou du mollusque, avançant lentement, très lentement, jusqu’à imprégné son rythme sur toute la saison 3 – où l’écriture sérielle modèle des années 2000 et 2010, toute en rebondissements, coups de théâtres, cliffhangers et saturations du spectateur par une multitude d’informations, parait transcendée. Le premier grand moment de Dougie Jones se situe dans les dernières minutes de l’épisodes 3, lorsque ce dernier, largué par hasard dans un casino, se met à piller toutes les machines à sous en scandant un « hello » récupéré à un autre joueur, qu’il déforme jusqu’à le rendre merveilleusement comique. 

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