« Cherry pie » (Saison 3, épisode 11)
Dougie Jones laissera-t-il enfin place à Dale Cooper ? Patience, patience. Depuis 8 épisodes, Cooper est donc piégé dans un état végétatif qui ne l’empêche pourtant pas de provoquer des miracles inattendus. Il parvient même à révéler l’arnaque commise par un collègue de la compagnie d’assurance pour laquelle il travaille. Cependant, fruit d’un malentendu, il est la cible de deux propriétaires de casinos, les frères Mitchum, désireux de faire payer à Dougie la faute de son collègue. Dougie est censé leur remettre le chèque de compensation de 5 millions de dollars qu’ils auraient dû percevoir. Les deux pseudos-mafieux ne sont pas au courant de ce revirement de situation. Ils l’embarquent dans une limousine, et l’emmènent en plein milieu du désert, pour l’assassiner.
Toutefois, l’un des deux frères a un doute. La veille, il a rêvé cette rencontre, et il s’aperçoit que Dougie tient une boîte entre ses mains. Si dans cette boîte se trouve ce dont il a rêvé, ils ne peuvent pas le tuer. En effet, Dougie, poussé par l’intervention de Mike, est allé acheter une tarte à la cerise, la fameuse « cherry pie » dont il est friand, ce qu’il n’a hélas plus conscience. Et ce qui devait être une scène parfaitement scorsesienne, se transforme en fantaisie typiquement Lynchienne, car le frère Mitchum avait justement vu cette tarte à la cerise en rêve. Avec les cinq millions de de dollars en poche, ils invitent Cooper à un restaurant, accompagnés de leurs assistantes, dont Candie et son comportement lunaire gentiment décalé.
Le pianiste du restaurant, qui jouait alors une musique candide, modifie son registre et tape les premières notes du très beau thème Heartbreaking composé par Angelo Badalamenti. La vieille femme aigrie, que Dougie avait aidé malgré lui au casino, dans les épisodes 3 et 4, fait son apparition. Elle harangue Dougie, et dévoile à l’assemblée sa générosité. Elle l’appelle alors « Mr. Jackpots ». L’atmosphère tendue du désert s’évapore, et la scène bascule dans une tendresse et une émotion désarmante. Dougie, presque insensible au délire ambiant, déguste sa première part de tarte à la cerise. Il a alors une réaction de joie enfantine, comme si le monde se révélait enfin à lui. C’est, surtout, après sa passion pour le café, une nouvelle émanation du vrai Cooper. Le return promis est proche, et en même temps, on ne cesse d’être émerveillé par Dougie Jones, fascinante création de Lynch et Frost.

