Martin, de George A. Romero (1978)
Quoi qu’on en pense, Martin est un cas intéressant. Non seulement pour ce qu’il incarne dans la filmographie de George A. Romero dont on connaît plus la propension à filmer des zombies, mais également comme déclinaison sur le thème du vampirisme d’une manière sensible (soit sans fioritures mystiques), voire subversive. En apparence, un sujet différent pour le réalisateur. En profondeur, les mêmes obsessions masquées sous le vernis fantastique : aliénation sociale, impossibilité d’être dans les normes, déviances souterraines, névroses latentes, environnement social délétère, intégrisme religieux, angoisse industriel… Son protagoniste est le réceptacle de ces frustrations et ressemble à un de ces personnages taillés dans le marbre maléfique qui vit sur Terre parce qu’il n’y a plus de place en Enfer. Conçu à l’origine comme une comédie, le film est d’une noirceur à toute épreuve. Précieux et personnel, il reste méconnu même auprès des plus grands aficionados du cinéaste. Il a été réalisé après Season Of The Witch et The Crazies, échecs commerciaux douloureux pour Romero. Ils ont poussé le cinéaste à tenter un autre registre et sa tentative mérite d’être considérée. Tourné en 16 mm avec une équipe réduite en 6 semaines et pour un budget dérisoire (270 000 $), le résultat, qui scelle la première relation ciné avec Richard Rubinstein, producteur avec lequel Romero fonde Laurel Group, n’est pas exempt de défauts (errements superflus, personnages secondaires qui s’expriment au détriment du portrait…) mais il se démarque des autres films du genre en proposant une dramaturgie éminemment complexe qui s’exprime jusque dans la personnalité ambiguë du protagoniste. On ne sait pas s’il est un vampire Nosferatu ou un jeune désoeuvré qui se mue en assassin mais cela n’en reste pas moins un enfant qui n’est que le fruit, voire l’agrégat, d’une société dégénérée.