Vampire, vous avez dit vampire?

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Thirst, ceci est mon sang, de Park Chan-Wook (2009)
Avec Thirst : ceci est mon sang, présenté par son auteur comme un «mélodrame érotico-gore tragique et déprimant», Park Chan-Wook raconte sur plus de deux heures le calvaire d’un prêtre qui, après une expérience, se transforme en vampire et sombre dans la dépravation avant d’être récupéré par une femme rédemptrice, ou peut-être démoniaque. Connaissant la capacité du réalisateur sud-coréen à inventer de nouvelles formes, on pouvait s’attendre au minimum syndical: une révolution des codes du film de vampires, un peu à la manière de Morse, de Tomas Alfredson. En réalité, le résultat tient plus du patchwork de cinéphile destroy où, un peu à la manière de Quentin Tarantino, PCW a isolé toutes les scènes bizarres de ses films cultes, pas nécessairement des films de vampires. En les assemblant, il a essayé de proposer une alliance à la fois sophistiquée et dégénérée. La structure narrative (la première demi-heure se déroule dans un espace confiné) et la thématique (atavisme familial, manipulation avec profusion de rebondissements) ressemblent à celles de Old Boy. La dernière partie du récit prend des allures de cauchemar éveillé et d’errance mentale, moins par souci de psychologie que de paraître singulier. Des plans entiers sont intégralement pompés du Locataire et du Couteau dans l’eau, de Roman Polanski (la noyade, le cauchemar familial) et surtout de Possession, de Andrzej Zulawski (le couple vampire ressemble aux doubles exsangues d’Isabelle Adjani et de Sam Neill). Par fétichisme, PCW donne la même robe bleue à l’actrice Ok-Bin Kim. Les mouvements de caméra hallucinants, la bande-son hypertrophiée, l’excellente interprétation, le romantisme tordu et l’humour régressif du cinéaste ne font pas oublier qu’en ce qui concerne le genre vampirique, il n’y a pas de novation. Le climax que l’on attend pendant longtemps reprend une image marquante de Aux frontières de l’aube sans réussir à amplifier la dimension tragique. La bonne surprise réside dans les scènes de sexe, les étreintes sensuelles entre l’homme vampire et la femme bafouée par sa famille, taraudée par des pulsions morbides. Lorsqu’il montre l’union de deux solitudes paradoxales et pose les questions inhérentes à une telle altérité morale et physique (la religion et le vampirisme), PCW révèle plus une sensibilité de cinéaste que de petit malin.

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