L’enfant miroir, de Philip Ridley (1990)
Rares sont les films sur l’enfance qui retranscrivent des peurs communes et osent trancher avec la nunucherie usuelle. Alors qu’un tueur d’enfants rôde dans un coin de l’Idaho, une famille, elle, se décompose sous le regard d’un enfant paumé qui multiplie les quatre cents coups et fantasme des vampires pour éviter de se prendre la vérité crue en pleine face. Le film contient de ses visions traumatisantes que l’on conserve toute une vie. Première scène – l’une des plus marquantes de L’enfant miroir, de Philip Ridley: trois enfants du même âge s’amusent à torturer un crapaud et le font exploser sous les yeux effrayés d’une femme traumatisée qui vit claquemurée dans une maisonnette perdue à la Paperhouse. Avant que le soleil se couche, les choses ne seront plus comme avant. On peut le prendre comme un film initiatique sur la perte de l’innocence, sur le travail de deuil, sur la culpabilité mais il parle surtout de la prise de conscience des actes. De la même façon que la petite fille de L’esprit de la ruche, de Victor Erice, était traumatisée par la figure monstrueuse de Frankenstein, l’enfant miroir du titre (Jeremy Cooper) commence à doucement perdre la raison en apprenant par son père l’existence du mythe des vampires. Qui viendront le hanter jusque dans ses cauchemars. Qui vont l’amener à penser que la femme qu’il a agressé et qui se protège du soleil pourrait en être un. Dans le paysage de l’enfant, la présence d’un pasteur inconsciemment apparenté à un croque-mitaine renvoie par ailleurs à La nuit du chasseur.