Vampire, vous avez dit vampire?

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Aux frontières de l’aube, de Kathryn Bigelow (1988)
Ça commence silencieusement. Un jeune homme essaye de séduire une fille en l’emmenant faire un tour dans son pick-up et au moment de l’embraser, reçoit une morsure. Plus surprenant, elle disparaît à l’aube. Devenu vampire à son tour, il est sauvé de l’insolation par une bande d’ensanglantés errants. C’est probablement l’une des meilleures interprétations du film de vampires jamais réalisées. Comparable à la réussite discrète mais assurée de Vorace, d’Antonia Bird, pour le film de cannibales. D’autant plus précieuse qu’on l’a longtemps cru perdu (une rumeur courrait selon laquelle les négatifs avaient disparu). L’exercice de style, atmosphérique et délétère avec ses jeux de lumière somptueux, consiste à massacrer l’image des vampires suceurs de sang à la Christopher Lee (pas de crucifix ou d’eau bénite pour contrer les ennemis), en utilisant les codes du road-movie désertique pour amplifier une dimension barbare et abrasive. Loin des clichés, Kathryn Bigelow s’est intéressée aux thèmes inhérents au mythe: la différence, la solitude, le manque et la quasi-impossibilité d’établir des rapports affectifs durables. Autre audace: le mot «vampire» n’est jamais prononcé durant tout le film. Les vampires sont ainsi assimilés à des marginaux dangereux. C’est à la fois effrayant, crépusculaire, décomplexé et virtuose. Comme si feu Peckinpah donnait sa propre version du mythe. Si le scénariste Eric Red (The hitcher) a imaginé un hybride intéressant d’horreur et de western contemporain, Bigelow l’a mis en image avec une classe suprême en accentuant le romantisme ténébreux d’une bande de vampires hors-la-loi terriblement séduisants qui savourent le privilège enivrant de vivre la nuit, mais qui en connaissent aussi le prix.

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