Vampire, vous avez dit vampire?

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Nosferatu, le vampire, de Friedrich Wilhelm Murnau (1922)
De tous les films de cette époque expressionniste, l’une des plus riches de l’histoire du cinéma, c’est un des plus beaux. Il se trouve qu’il traite de vampires, puisqu’il est adapté de Dracula, mais comme la production n’avait pas les moyens d’acheter les droits du livre de Bram Stoker, les noms ont été changés, ainsi que les lieux. Nosfératu («non-mort» au sens étymologique) est une merveille d’incarnation d’idées formelles. Un savant mélange d’expressionnisme pictural et du théâtre de Max Reinhardt qui serait un peu l’illustration du Cri d’Edvard Munch. Et encore aujourd’hui un classique de l’épouvante. Un poème mortifère qui décrit le mal sous forme humaine, la possession sous une forme hallucinatoire et fantomatique. Encore aujourd’hui, ce film questionne: comment, en usant d’artifices aussi visibles et affichés, Murnau parvient à heurter notre sensibilité et stimuler notre imaginaire jusqu’à provoquer en nous cette peur primale? Sans doute parce qu’il réveille le Nosfératu qui somnole en nous. Du roman au film, Jonathan Harker devient Hutter et Mina se prénomme Ellen. On peut s’amuser des ellipses consistant à rassembler Hutter et Nosfératu comme des doubles. C’est une manière comme une autre de conclure qu’il s’agit avant tout d’un récit initiatique où un homme part à la recherche de lui-même dans un monde ombrageux semé de fausses pistes et d’éléments dangereux. En revoyant le film, ça saute aux yeux: le vampire Nosfératu ressemble au double démoniaque, au côté sombre et désinhibé du personnage principal. Tordant le cou aux conventions expressionnistes (l’utilisation de la nature pour conférer une dimension romantique aux relations humaines), Murnau creuse la profondeur de champ, donne aux animaux une connotation maléfique (l’hyène accompagnant la tombée de la nuit et les rats le passage du vampire) et multiplie les métaphores dialectiques entre l’homme et la nature. Les apparitions de Nosfératu, elles, sont rares, habilement espacées mais toujours marquantes.

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