Comme chaque année, voici les 20 personnalités ayant marqué nos 12 mois placés sous le signe du Chaos. Elles et ils ont fait 2024, elles et ils feront 2025.

Aaron Pierre
Un premier contact comme celui-là, ça ne s’oublie pas. C’était en 2021, sur le bord d’une drôle de plage. Débardeur vissé sur de larges épaules, yeux bleus perdus dans les vagues, tresses nouées sur une tête mélancolique, Aaron Pierre hypnotisait au premier regard, dégageant une minéralité seyant si bien au décor de sable et de roche qui l’entourait. Dans le rôle d’un rappeur répondant à l’ubuesque nom de Mid-Sized Sedan – toute la saveur de la Lady Raven de Trap était déjà là, au fond –, l’acteur faisait dans Old une première forte impression. Par un hasard de calendrier et d’obscures circonstances, il aura fallu attendre 2024 pour le voir briller ce diamant de mille feux, remplaçant au pied levé John Boyega quelques jours seulement avant le début de tournage du nouveau film de Jeremy Saulnier, Rebel Ridge. Face à un shérif pourri (Don Johnson) et sa bande de chiens de garde faisant régner sa petite loi dans un comté de Louisiane, Aaron Pierre y incarne un ancien Marine usurpé d’une conséquente somme d’argent par la police. Formateur au MCMAP, programme de défense rapprochée des Marines, l’homme sait se défendre, mais le personnage n’incarne pas tant la figure de l’invincible action hero que celle du justicier procédurier, menant la bataille autant avec ses poings qu’avec des formulaires administratifs dûment remplis. Aaron Pierre explose dans un des meilleurs rôles de l’année, et en a profité pour marquer dans le marbre son ascension populaire: il incarnera le nouveau Green Lantern dans la prochaine série DC. Solide comme un roc, le Pierre. T.R.

Billy Basso
Sorti de l’industrie du jeu vidéo de Chicago où il est passé par différents studios locaux comme NetherRealm Studios (Mortal Kombat), Billy Basso a commencé à travailler sur Animal Well en 2017, pour ne passer à plein temps sur le jeu qu’à partir de 2024. 7 ans de développement, donc, pour un des jeux les plus obsédants de l’année, quelque part entre le survival horror, le metroidvania et le jeu de puzzle, où l’on peut trouver autant du Michel Ocelot que du Hausu ou du Weerasethakul. Dans cet univers étrange, merveilleux, parfois franchement horrifique, habité par nombre d’animaux plus énigmatiques les uns que les autres, un habitant en particulier nous guette: Billy Basso lui-même, grand maître de cette faune numérique qui n’est pas tant un écosystème animalier que vidéoludique. Construit par couches successives, Animal Well est un jeu sur les jeux, sur notre façon de les aborder “naturellement”, de les prendre pour acquis, jusqu’à ce qu’un grain de sable enraye la machine et qu’on se retrouve à jouer avec ce petit monde d’une manière tout à fait différente. Succès critique comme commercial, notamment en devenant le premier jeu édité par le youtubeur à succès videogamedunkey, le jeu de Billy Basso a même été nommé au Game Awards de cette année dans la catégorie des jeux indés, dont il est parti bredouille. T.R.

Cérémonie d’ouverture des JO 2024 signée Thomas Jolly
« Il pleut ». Un constat sonné. Une phrase simple de Thomas Jolly dévoilée dans le documentaire de France 2, « Au cœur des jeux », qui est devenue un « meme » sur les réseaux sociaux. Mais qui, ce matin de 26 juillet 2024, jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris retransmise en mondovision, donnait franchement envie de se jeter dans la Seine. Une désolation pour le directeur artistique des JO, en larmes, voyant soudain anéanti tout le travail prévu pour ce jour J. Lui qui avait commencé à plancher sur le scénario de cette cérémonie dès le printemps 2023. Ce 26 juillet, journée de tous les dangers, dans un climat politique et social sous haute tension, tout était prêt, plus rien n’est prêt, tout est à réinventer en quelques heures, comme autant de micro-défis que le télé-spectateur pas seul devant sa TV (plus d’un milliard dans le monde) regarde en retenant sa respiration. Mais, de Aya Nakamura qui sort de l’Académie française pour chanter ses titres tout en y intégrant du Charles Aznavour, accompagnée par la Garde républicaine au groupe de métal Gojira qui enflamme la Conciergerie avec Marina Viotti et une Marie-Antoinette décapitée entonnant un chant révolutionnaire, les tableaux animés décoiffent. C’était sans compter sur Philippe Katerine qui interprète son titre Nu dans le plus simple appareil, sur la compagnie de danse Mazelfreten faisant notamment revivre l’Eurodance de l’époque « Dance Machine » des années 90 avec It’s a rainy day de Ice Mc (titre très à propos) ou encore ce cheval mécanique argenté somptueux lancé au galop sur la Seine. Avant le clou du spectacle: Céline Dion featuring un sosie de Thierry Frémaux au premier étage de la tour Eiffel. Averse de malheur, averse d’amour. RLV

Charli XCX
Après plus d’une décennie à taper aux portes de la grosse fame, tout en s’acoquinant avec ce qu’il y a de plus queer et novateur dans la pop mondiale, Charli XCX a enfin eu le droit à son triomphe. Et pourtant, contrairement à Crash en 2022, ce drôle de fantasme de pop mainstream, pas toujours réussi, Brat ressemble plus que jamais à son autrice: audacieux, narcissique et flamboyant. Si on a bouffé du brat summer jusqu’à l’excès (tout le monde est brat dorénavant, même Denise ta collègue de bureau qui s’habille chez Zara, ou Benoît ton copain de lycée qui a fondé une licorne), il faut reconnaître que l’album et son concept marketing tiennent du génie. Et alors même qu’on serait tenté d’enfermer Charli XCX dans une case, cette dernière, aussi insaisissable que prodigieuse, s’apprête à débuter une carrière d’actrice chez Gregg Araki, Romain Gavras et Cathy Yan. M.B.

Le cheval de l’affiche de L’Amour au présent
Nul doute que les possibilités devaient être nombreuses au moment de sélectionner le cliché promotionnel de cette romance A24 portée par Andrew Garfield et Florence Pugh. Un choix cornélien au point que personne ne remarque un détail particulièrement criard sur l’image définitive? Ou bien était-ce le fruit d’une stratégie marketing sacrément bien ficelée? Quoi qu’il en soit, impossible de passer à côté de ce cheval de carrousel satanique au premier plan de l’affiche, yeux cauchemardesques et gueule béante. Il a d’abord éclipsé le couple d’acteurs, avant de s’attaquer aux grands classiques de l’horreur: sur X, des montages lui ont permis d’infiltrer The Shining – sa tête dans la porte à la place de celle de Nicholson – ou bien Alien 3 – en Xénomorphe un peu trop proche de Sigourney Weaver – pour des résultats parfois bien plus monstrueux. Inutile d’un litron de sang ou d’un clown déguisé en papa Noël pour faire de l’horreur : il suffit juste d’une image inadaptée, voire carrément hors sujet, pour créer un sentiment de malaise absolu. Bref, son apparition à l’écran ne dure qu’une fraction de seconde mais il demeure la véritable star de L’Amour au présent (il est même possible d’acheter sur le site d’A24 un t-shirt à son effigie). L.C.

Cinéma Gourmand
« HELLO COUCOU !!! » Avec son inénarrable chaîne Youtube – 4000 fidèles au compteur à l’heure où on vous parle – la cinéphilie n’est pas seulement un vilain défaut. C’est un plaisir qu’on partage entre copines boulimiques-de-bobines: quelle meilleure vie pour une personne fraîchement retraitée que de prendre d’assaut les salles parisiennes en exhibant fastueusement sa carte UGC, sésame de distinction qui n’a, dans ce sérail snob si particulier, d’équivalent que « le badge rose à pastille jaune » de Cannes? De son vrai nom Myriam, la Serge Danette des temps modernes a inventé un underworld polisson, sans prompteur ni monteur, où clope, boucles d’oreilles en boules à facettes et sourire all bright sont les trois seuls éléments d’un décor (lynchien?) épuré à l’extrême. Soucieuse des codes numériques en vigueur, la Youtubeuse soigne la titraille de chacune de ses vidéos, où la majuscule déjantée doit capter au pied levé l’attention flottante de l’internaute: en témoigne son classique THE SUBSTANCE. wouahhhh ou encore cette magnifique capsule MISERICORDE. Grrrrrrrr où elle s’autorise à prénommer Félix Kysyl « Sylvain » (qui s’appelle pourtant Jérémie dans le film…). Le plus magnifique sur ce compte pro-actif réside aussi dans tout ce qui ne concerne pas directement le cinéma: ici une vidéo pour expliquer son escapade à un café philo (« ça pelait grave sur Paris aujourd’hui… ») ; là une rocambolesque histoire d’arrêt d’autobus (un leitmotiv de la chaîne); quand le tout ne ressemble pas à un farfelu prétexte pour évoquer une « nouvelle coupe de cheveux » dont elle seule semble avoir perçu la nuance… Une exubérance schnock comme on en fait plus: attendez-vous à voir la délicieuse log lady répondre à nos questions (pour de vrai) dans nos chaos TV de 2025. G.R.

Coralie Fargeat
Avec The Substance, elle a provoqué le chaos avec une force et une personnalité qui se dégagent à chaque image, chaque son et chaque ligne de son scénario, récompensé à Cannes en mai. Une vraie révélation, puisque son fabuleux premier long-métrage (Revenge) était sorti en secret, sans la visibilité qu’elle a acquise aujourd’hui. Nommé aux Golden Globes (on croise fort les doigts pour elle), elle a aussi réhabilité la star Demi Moore, sublimé le talent inné de Margaret Qualley et rendu hommage au fabuleux titre Pump it Up au travers d’un remix qui pulse à nos oreilles et rythme cette rétro des personnalités chaos. Q.B.-G.

Emma Stone
Emma Stone qui danse pour Yórgos Lánthimos, plus précisément. D’abord dans Pauvres Créatures, en Bella Baxter désarticulée presque dépourvue de coordination (on croirait à une crise d’épilepsie), puis dans Kinds of Kindness, où elle déploie des mouvements d’une étrange fluidité lors d’une scène qui ne dure que 30 secondes mais qui demeure le meilleur moment du film. Dans les deux cas, une liberté corporelle démente, un lâcher prise cathartique qui redéfinit le corps féminin dans l’espace public, et une actrice qui a une maîtrise parfaite de sa nonchalance. Sans oublier qu’Emma Stone qui bouge dans tous les sens est souvent synonyme d’un chaos imminent (un coup de foudre dans La La Land, une baston dans Pauvres Créatures, un accident dans Kinds of Kindness). L.C.

Francis Ford Coppola
Avec son projet faramineux Megalopolis, qu’on peut nommer « Megabide » après son crash au box-office mondial (14 millions de dollars de recette pour un budget de 120 millions de dollars), Francis Ford Coppola aura définitivement incarné le chaos en 2024. Un film autofinancé, réalisé dans le tumulte, défoncé par la critique à Cannes, un de plus dans la carrière du réalisateur de Coup de cœur et Dracula. Est-ce que Megalopolis sera réévalué avec le temps, comme ses prédécesseurs? Seul l’avenir le dira. En attendant, on continuera à revenir (ou non) sur cet objet anachronique, ou plutôt hors du temps, à la fois d’avant-garde et complètement ringard, dont on ne sait s’il faut le haïr ou l’aduler. Chapeau à l’artiste! M.B.

Jacques Develay
On peut avoir 72 ans et jouer son premier grand rôle au cinéma. C’est le cas de Jacques Develay, jusqu’ici illustre inconnu malgré une longue carrière de comédien et acteur (principalement à la télévision) entamée à 30 ans après un boulot dans l’administration hospitalière. Le destin pourrait même lui être encore plus favorable s’il empoche une statuette (meilleur second rôle?) bien méritée pour son rôle d’abbé cochon et ô combien miséricordieux dans le bien nommé Miséricorde d’Alain Guiraudie. D’ici là, et quand bien même ça ne doit pas arriver, on se souviendra longtemps de cet abbé typiquement guiraudien et pourtant tout sauf archétypal, personnage haut en couleur, déstabilisant; facétieux et philosophe. Une comète dans le paysage du cinéma français. M.B.

Jane Schoenbrun
Comment trouver sa place dans le monde quand on est ado dans les années 90, qu’on se sent en marge et sensible, qu’on vit en banlieue, que vos parents ne vous comprennent pas, mais que la seule chose au monde qui vous comprend, c’est votre télévision qui diffuse des programmes bizarres? C’est le beau sujet de I saw the TV glow, rapidement vendu comme un teen movie estampillé A24 et présenté à Sundance. C’est en réalité un long métrage introspectif et universel qui donne envie de parler de soi; ce que Jane Schoenbrun, aux commandes, continue de faire très bien après son troublant et très remarqué chez nous We’re All Going to the World’s Fair qui jouait sur la même idée d’une adolescence en pleine mutation, d’un secret derrière un écran, d’un monde virtuel à découvrir et à déchiffrer. Encore faut-il le voir: I saw the TV glow est sorti direct-to-VOD dans un relatif anonymat et, comme nous, Scorsese adore. Jane prépare son nouveau long métrage, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, d’ores et déjà décrit par l’auteure comme « Portrait d’une femme en feu dans une suite de Vendredi 13« . RLV

Kyle MacLachlan
Sa photo de profil Instagram sur laquelle il brandit fièrement un pouce pourrait présager que l’acteur n’est qu’un sexagénaire de plus utilisant les réseaux pour poster des selfies un peu ringards. Il n’en est rien: en 2024, Kyle MacLachlan s’est érigé en diva de TikTok et memelord choyé d’Instagram. Ceux qui ne l’auraient pas connu en Paul Atréides, ni en Agent Cooper, ni en Trey MacDougal ou en Orson Hodge, l’ont découvert cette année en «babygirl». Un homme mignon et vulnérable qui reproduit les photos de Lorde en pyjama rayé, qui avoue être dans sa podcast era, qui lip-sync sur Chappell Roan dans un costume de hot-dog, jusqu’à devenir la mascotte du Brat Summer tant il voue un culte à Charli xcx. Éternel enfant qui s’amuse d’un rien, le Kyle MacLachlan influenceur nous a totalement charmés. L.C.

LocalThunk
Au poker, c’est bien connu, il faut avancer masqué. LocalThunk, le développeur solo à l’origine de Balatro, le plus important succès surprise de 2024 dans le jeu vidéo, en sait quelque chose. Alors qu’il remportait il y a quelques jours trois des cinq catégories dans laquelle son deck-building roguelite était nommé aux Game Awards (Meilleur Jeu Indépendant, Meilleur Premier Jeu, Meilleur Jeu Mobile), LocalThunk a envoyé ses éditeurs de chez Playstack récupérer les prix à sa place, fidèle à l’anonymat dans lequel il préfère continuer à vivre depuis février 2024 et les quelques 3.5 millions de copies de son jeu vendues. En trouvant le twist parfait autour de la formule éculée du jeu de poker, réinventée dans un ingénieux roguelite transformant cartes et règles pour un résultat tout à fait addictif, LocalThunk aurait de fait eu de quoi écumer les conférences et les cérémonies de remise de prix après un jeu comme Balatro. Mais ce que le succès d’un jeu comme celui-ci vient montrer, c’est aussi l’opposition totale qui peut exister entre la démarche de création indépendante et la réussite commerciale qui peut en résulter. LocalThunk l’exprime parfaitement: «Ne vous méprenez pas, cela a changé ma vie de bien des façons. J’en suis très reconnaissant. Mais je regrette ma vie d’avant. C’était juste un passe-temps qui me permettait de recharger mes batteries. Parfois, je me dis que j’aurais peut-être été plus heureux si je n’avais jamais publié ce jeu.» LocalThunk ou l’homme qui nous aura fait aimer le poker tout en regrettant son jackpot. T.R.

Mimi Madamour et Billie Kohler
Dans un monde idéal, Les Reines du drame d’Alexis Langlois est un succès au box-office et Mimi Madamour et Billie Kohler sont les nouvelles idoles des jeunes. Malheureusement, la comédie musicale génialement queer finira difficilement au-dessus des 25.000 entrées. Pourtant, on est sûr, le film finira par rejoindre le rang des oeuvres cultes, et Pas touche, Déchet d’amour ou Fistée jusqu’au coeur connaîtront une seconde vie dans quelques années. Peut-être même que des affiches, tee-shirts et autres goodies de Mimi et Billie s’arracheront sur le net. Rejoignez donc la Mimi-army, pour être cool avant tout le monde! M.B.

Mikey Madison
La forte personnalité de Anie, la magnifique héroïne de Anora de Sean Baker, tient au point de vue de ce dernier sur son actrice et son talent: Mikey Madison s’est imposée comme l’actrice dont la partition a été, de bout en bout du film, la plus complète et la plus émouvante. De la naïveté du bonheur à l’exercice difficile du drame environnant, d’un cri à une larme, d’un déhanché fou à une foulée ample et active, le volume de son jeu a explosé à la gueule des spectateurs et spectatrices de cette Palme d’Or. Un fabuleux rappel que les acteurs et les actrices sont ces repères et ces points de vue que toute personne a besoin lorsque l’on plonge dans une œuvre cinématographique. Ainsi, du Mikey Madison de cette trempe-là, on en redemande. Et on ne s’en fait pas trop. Q.B.-G.

MONSTRO ELISASUE
Un vomi vert, un sein en guise de chair à cracher, du sang à foison, des visages étirés et une B.O de Vertigo convoquée, MONSTRO ELISASUE est le personnage de fiction qui, cette année, a remis en selle le film de monstre dans ce qu’il a de plus informe. LE freak des années 2020, probablement le seul à atteindre une telle dimension en cette décennie en cours en tout cas, qui montre en écho les intentions louables de Coralie Fargeat et son point de vue sur la quête de la beauté, nous menant vers sa propre monstruosité. Un mélange cronenbergien couplé à la démence visuelle de The Neon Demon et les surhommes kubrickiens. Dévorant, et à dévorer sans cesse. Q.B.-G.

Sean Price Williams
De chef opérateur star du mumblecore à cinéaste prometteur de l’indie américain, tel est le chemin emprunté par Sean Price Williams. Celui qui a éclairé les films d’Alex Ross Perry, ainsi que Mad Love in New-York et Good Time des Frères Safdie a passé le cap du long-métrage cette année avec le brillant The Sweet East, sorte d’Odyssée d’Ulysse dans l’Amérique post-MAGA, à travers le corps et les yeux d’une Y2K. Alors que A24 ou Neon sont devenus des mini-majors qui n’ont indépendantes que le nom, quelques cinéastes cherchent encore à élever leur voix, loin d’Hollywood et de leurs produits formatés. Sean Price Williams, suivi de Tyler Taormina, Carson Lund, India Donaldson en sont les farouches représentants. Des modèles qu’on espère voir se répéter, pour la vigueur et l’hétérogénéité du cinéma américain. M.B.

Thomas Hakim et Julien Graff, le binôme derrière petit chaos
Ne croyez pas que nous ayons un quelconque rapport avec les deux oisillons présents ci-dessus: le nom de leur structure, créée en 2018, ils l’ont piquée à un court-métrage méconnu d’un Fassbinder sous stéroïdes godardiens (c’était en 1966, et c’est dispo sur Youtube pour ceux qui veulent). petit chaos – ne vous avisez pas de l’écrire avec des majuscules – c’est donc la rencontre fortuite entre Julien Graff et Thomas Hakim en 2017, et un coup de foudre cinématographique pour le cinéma de Payal Kapadia à la Berlinale un an plus tard; coup de foudre qui va, pour paraphraser Grégory Lemarchal, écrire leur histoire commune. L’Oeil d’or pour Toute une nuit sans savoir en 2021 était déjà un sacré morceau, mais c’est le Grand prix du jury obtenu cette année à Cannes, avec All we Imagine as Light – première récompense pour un film indien depuis 30 ans, le tout reçu devant le binôme Lucas-Coppola (165 ans de cinéma à eux deux) – qui propulse nos deux trentenaires au rang de stars-en-costard de l’année. Pablo Dury, Brieuc Schieb (Koban Louzoù) et désormais Camille Degeye, Prix Next Step 2020 de la Semaine de la Critique: les jeunes prodiges associés à l’expérimentale maison ne manquent pas (nous allons suivre tout ça de près). L’honnêteté qui caractérise notre rédaction oblige à cette confidence: oui, nous connaissons bien les deux loustics – lecteurs du Chaos depuis la première heure – et oui, nous les félicitons pour cette folle année écoulée, dont on espère qu’elle ne modifiera pas trop la super nature des deux bonshommes (à savoir, des compagnons de festival de toute première qualité). G.R.

Todd Haynes
Alors que l’année 2024 commençait merveilleusement bien avec l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) films de l’année, May December, dans lequel le cinéaste retrouvait Julianne Moore et par là même le trouble, l’espièglerie et l’émotion de ses plus belles oeuvres, Todd Haynes clôt 2024 sur une fausse note. Lâché par Joaquin Phoenix, son acteur principal, une semaine avant le tournage de son film noir gay tourné au Mexique, le réalisateur de Safe et Velvet Goldmine se retrouve sans projet. Le réalisateur de 63 ans, qui était sur une dynamique d’un film tous les deux ans après une longue pause de 9 ans entre I’m Not There en 2006 et Carol 2015, est devant un nouveau tournant de sa carrière. On se consolera à l’idée de le retrouver comme Président du jury de la prochaine Berlinale en 2025. M.B.



