Lorsque le single des Buzzcocks paraît en février 1978 chez United Artists, le groupe a déjà traversé en accéléré presque toute la mythologie du « year zero », cette fameuse expression utilisée pour décrire l’idée, associée au punk de 1976-77, selon laquelle il fallait faire table rase de ce qui existait avant. Formés à Manchester par Pete Shelley et Howard Devoto après leur rencontre avec les Sex Pistols, auteurs de Spiral Scratch, les Buzzcocks voient ensuite Devoto partir former Magazine.
Avec Shelley au chant, le groupe invente alors autre chose : une manière de faire entrer la plainte sentimentale dans le punk, d’en révéler tout ce qu’elle peut contenir de pop et, du coup, de transformer une frustration amoureuse en refrain collectif (« Qu’est-ce que j’obtiens, moi, dans cette histoire ? »). Pas de gnangnanterie pour autant : guitares en rafale, batterie sèche, mélodie lumineuse, harmonies qui donnent au désespoir l’allure d’une fête. C’est de la power pop étincelante, où l’exubérance musicale semble presque se moquer de l’apitoiement du narrateur. Le moment où les Buzzcocks commencent à comprendre qu’ils peuvent entrer dans la pop sans demander pardon. Le titre paraît en février 1978, après le très mouvementé Orgasm Addict, sorti quelques mois plus tôt.


