En 1998, les Aphrodelics s’imposent dans le hip-hop viennois avec un mélange où le rap, l’électronique et l’art du sample se frottent les uns aux autres. Formé à Vienne au milieu des années 1990, le collectif compte notamment Rodney Hunter à la production. Avec Rollin’ On Chrome, il décroche son morceau le plus remarqué : le titre atteint la 43ᵉ place des charts allemands et reste neuf semaines dans le classement. Pour construire leur morceau, les Aphrodelics vont chercher du côté d’un titre qui, vingt ans plus tôt, avait contribué à définir les contours de la pop électronique : Being Boiled, publié par The Human League en 1978. Son motif synthétique, froid et tendu, devient l’un des points d’ancrage de Rollin’ On Chrome.
Derrière le morceau des Aphrodelics affleure ainsi une autre histoire de la musique électronique britannique. La même année 98, Richard Dorfmeister s’empare à son tour de Rollin’ On Chrome et en change radicalement la dynamique. Wild Motherfucker Dub figure sur le maxi du morceau, puis rejoint The K&D Sessions, la compilation de Kruder & Dorfmeister publiée cette même année par !K7. Le remix ralentit le tempo, épaissit les basses et repousse les voix dans la profondeur du mix. Ce qui pouvait encore se lire comme une référence à The Human League devient beaucoup plus diffus : le motif d’origine subsiste, mais il se mêle aux textures jusqu’à perdre ses contours les plus évidents. Dorfmeister ne se contente donc pas de ralentir Rollin’ On Chrome. Il en redistribue les masses, fait remonter certaines fréquences, en enfouit d’autres et transforme la circulation du morceau. Les Aphrodelics avaient déjà déplacé Being Boiled vers le terrain du hip-hop ; Wild Motherfucker Dub prolonge cette opération en faisant du sample une matière presque abstraite. Le morceau s’insère parfaitement dans The K&D Sessions, où Kruder & Dorfmeister réunissent leurs remixes de Roni Size, Bomb the Bass, Depeche Mode, Rockers Hi-Fi, David Holmes ou Sofa Surfers. Dans l’édition CD originale, Wild Motherfucker Dub occupe la sixième piste du premier disque, entre Bug Powder Dust de Bomb the Bass et Useless de Depeche Mode.



