Finley Quaye a 23 ans lorsqu’il débarque avec Maverick a Strike, et son parcours ne ressemble pas à celui d’un musicien préparé pour l’industrie du disque. Né à Édimbourg en 1974, il grandit dans une famille où la musique est déjà une affaire ancienne et compliquée. Son père, Cab Kaye, est un musicien de jazz né à Londres dans une famille ghanéenne ; son demi-frère Caleb Quaye deviendra un guitariste de studio très demandé, notamment par Elton John. Finley, lui, connaît peu son père et découvre progressivement cette histoire familiale. Sa mère l’emmène adolescent au Ronnie Scott’s, à Londres, où il voit jouer des musiciens de jazz américains. Mais il ne suit pas la trajectoire du jazz familial. Il passe par Manchester, écoute du reggae, du dub, du rock et du funk, et enchaîne les petits boulots : peintre automobile, fumeur de poisson, fabricant de futons, échafaudeur, régisseur. Avant d’avoir un disque à son nom, Quaye a donc déjà vécu plusieurs vies professionnelles et accumulé une culture musicale qui ne vient pas d’un seul endroit.
Il tente une première fois sa chance chez Polydor, avec un projet qui ne débouche sur aucun disque. Quelques années plus tard, Epic lui donne les moyens d’enregistrer Maverick a Strike. Nous sommes en 1997. Sunday Shining, sa célèbre reprise de Bob Marley, le fait connaître, puis Even After All installe son nom dans les radios britanniques. Quaye reçoit le MOBO du meilleur artiste reggae en 1997, puis le Brit Award du meilleur artiste masculin britannique en 1998. Son parcours détonne dans une année où Oasis, Blur et leurs descendants occupent une grande partie de l’espace médiatique. Quaye est écossais, d’ascendance ghanéenne, marqué par le jazz de son entourage familial et par les musiques jamaïcaines découvertes en Grande-Bretagne. Il fait du reggae sans venir de Jamaïque et peut passer d’un public reggae à celui de la pop ou du rock sans modifier complètement sa façon de jouer. Les rapprochements avec la scène trip-hop et les musiciens britanniques qui mélangent dub, hip-hop, soul et rock sont alors plus pertinents que l’étiquette Britpop, même si son succès l’installe dans les mêmes classements et les mêmes cérémonies que les groupes à guitares.
It’s Great When We’re Together parle d’une relation qui fonctionne à condition que les deux restent accordés. Quand l’autre change d’humeur, se ferme ou s’éloigne, Quaye ne sait plus très bien quoi faire de cette proximité. You’re just like the weather when you change : la comparaison est directe, presque parlée. Il ne construit pas un personnage amoureux, il décrit un comportement qu’il connaît. « I can’t live without you » arrive dans la même logique, sans grande déclaration ni mise en scène romantique. La chanson reste dans cette contradiction : être bien ensemble, tout en sachant que quelque chose peut se dérégler à tout moment. Musicalement, Quaye ne cherche pas à donner à cette histoire une forme spectaculaire. La basse et la batterie empruntent au reggae, la guitare garde une souplesse pop et sa voix reste en retrait, légèrement traînante. Le morceau avance sans accentuer artificiellement le sentiment. C’est aussi ce qui le rend assez différent du reggae traditionnel pour circuler sur les radios pop de 1997, tout en restant identifiable dans les classements R&B et reggae. Le single atteint la 29ᵉ place au Royaume-Uni et la 8ᵉ du classement britannique R&B/hip-hop. En quelques mois, Quaye passe donc des petits boulots et des essais infructueux en studio aux cérémonies où il reçoit les mêmes trophées que les grandes vedettes britanniques du moment. Pourtant, Maverick a Strike reste lié à un parcours qui ne suit pas les circuits habituels : Édimbourg, Manchester, le jazz de Cab Kaye, les disques de reggae, les années de travail manuel, Polydor puis Epic. It’s Great When We’re Together en conserve quelque chose dans sa simplicité.


