Sorti en 2004 sur A Girl Between Two Worlds, un EP publié par D1 Recordings en tandem avec le label de Bron, Magnetron, le titre est alors signé par Fatima Yamaha. Mais derrière cet alias se cache pourtant le Néerlandais Bas Bron, producteur également connu sous d’autres pseudonymes, qui avait initialement conçu Fatima Yamaha comme un projet ponctuel. What’s a Girl to Do est un morceau électronique étonnamment retenu : son tempo mesuré, sa basse discrète et surtout cette mélodie de synthétiseur immédiatement reconnaissable lui donnent une mélancolie presque cinématographique, sans jamais chercher le grand geste euphorique. Un morceau « slow-burning », dont la simplicité et la mélancolie constituent précisément la force.
Son élément le plus immédiatement intrigant est pourtant une voix qui n’appartient pas à Bron : celle de Scarlett Johansson dans Lost in Translation, le film de Sofia Coppola sorti en 2003. Bron prélève quelques secondes d’un dialogue dans lequel le personnage de Charlotte exprime son désarroi et son incapacité à savoir quelle direction donner à son existence. Au lieu de transformer l’extrait en gimmick spectaculaire, le producteur le laisse flotter au cœur du morceau, comme une pensée saisie au milieu d’une nuit d’insomnie. C’est aussi de là que vient le titre, What’s a Girl to Do, qui donne à la composition une dimension existentielle sans jamais l’expliciter. C’est à Glasgow, quelques années après sa sortie, que le morceau va véritablement changer de dimension. En 2007, il devient notamment un titre culte des soirées Numbers, avant que Jackmaster ne l’installe plus largement dans les esprits en l’utilisant en ouverture de son premier Tweak-A-Holics mix en 2008. Jackmaster raconte lui-même avoir découvert le morceau sur D1 Recordings, dont il avait racheté les 200 exemplaires restants, avant de les revendre notamment à Phonica à Londres.
La trajectoire s’accélère ensuite avec le soutien de figures de la scène électronique de Glasgow : Hudson Mohawke l’intègre à son Essential Mix pour BBC Radio 1 en 2009, contribuant encore à son rayonnement international. Le morceau quitte ainsi progressivement le statut de curiosité oubliée pour être joué en club. Il faudra finalement attendre 2015, onze ans après l’original, pour que What’s a Girl to Do sorte véritablement de son statut de classique souterrain. Dekmantel le réédite alors sur un 12 pouces accompagné de trois autres productions de Bron. La même année, Bron réactive donc Fatima Yamaha et publie Imaginary Lines, son premier album sous cet alias depuis l’EP de 2004.


