On l’entend dès les premières secondes de Ain’t Talkin’ ’Bout Dub : le riff d’Ain’t Talkin’ ’Bout Love de Van Halen, morceau gravé au fer rouge dans la mémoire du hard rock, envoyé valser dans une machine à breakbeats, basses dub et rythmiques drum’n’bass. Sorti en 1997 sur Electro Glide in Blue, le deuxième album d’Apollo 440, le morceau ne cherche même pas à faire oublier son larcin : le riff d’Eddie Van Halen est là, massif, reconnaissable entre mille, simplement déplacé dans un autre monde. Au début, une voix lâche même un « Let’s go back to the rock » prélevé dans Le Mystère Andromède de Robert Wise (1971), comme si le morceau annonçait lui-même son programme : revenir au rock, oui, mais en passant par le dancefloor. Le cinéma, Van Halen, les sound systems et les clubs : en quelques secondes, Apollo 440 résume déjà son obsession pour les collisions improbables.
Noko, Howard Gray et Trevor Gray, les trois cerveaux d’Apollo 440, ont grandi davantage avec le heavy metal qu’avec la musique électronique. En interview, ils citent aussi le jazz, la pop des années 1980 et surtout les bandes originales de films parmi leurs obsessions. Adolescents à Liverpool, ils avaient même vu Van Halen sur scène lors de l’une de leurs premières venues britanniques. Vingt ans plus tard, ils leur rendent la pareille à leur manière, avec un morceau qui transforme leur vieux souvenir de hard rock en carburant pour les nuits électroniques. Et contre toute attente, cette idée qui aurait pu rester une blague de studio devient leur premier grand carton. Une jolie revanche pour un groupe qui s’était jusque-là surtout fait remarquer comme remixeur, triturant les morceaux de U2, EMF, Scritti Politti, Shabba Ranks ou Deep Forest jusqu’à les faire entrer dans son propre laboratoire sonore.


