Good Morning Mommy! Souvenez-vous, c’Ă©tait une belle surprise horrifique en son temps, Goodnight Mommy (2014), premier long du duo Severin Fiala et Veronika Franz, et ses jumeaux troublĂ©s et troublants pouvaient se dĂ©finir comme le versant achtung achtung de L’autre (Robert Mulligan, 1972), le tout avec une mĂ©chancetĂ© qui dĂ©capait sĂ©vère. Depuis, peu de nouvelles du tandem qu’on aurait bien vu (et aimĂ©) aux commandes d’une prod A24. Jusqu’Ă  The Lodge, leur seconde collaboration, qui marque leur escapade amĂ©ricaine. Ce nouveau long mĂ©trage fait le tour des festival depuis de nombreux mois, s’annonçant – surprise – comme un face Ă  face entre une mère dĂ©passĂ©e et des gamins sournois. Daijavou, non?

Après le décès brutal de leur mère (une Alice Silverstone visiblement condamnée aux caméos chelous après Mise à mort du cerf sacré), deux gosses rechignent à venir serrer la pince à leur belle-mère, une jolie blonde timide (la géniale Riley Keough, que vous avez forcément vu dans Under The Silver Lake et The House That Jack Built) qui ne semble n’avoir rien à se reprocher. Sauf que la demoiselle traîne en réalité un lourd passé derrière elle: dans son adolescence, celle-ci avait rejoint une secte chrétienne dont elle fut la seule survivante après un suicide collectif. Leur père, manifestement enchanté à l’idée de passer l’éponge sur un tel trauma, force la main et organise de chouettes vacances de Noël pour réunir enfants et nouvelle épouse. Et tout ça dans un magnifique chalet éloigné de tout, où l’on regarde The Thing en famille, bien calé sous la couette.

La situation est tendue entre la jeune femme et les mĂ´mes, bien dĂ©cidĂ©s Ă  lui faire payer sa nouvelle place non dĂ©sirĂ©e. Mais lorsque le daddy fĂ©dĂ©rateur (et un peu con) part en urgence, des Ă©vĂ©nements Ă©tranges commencent Ă  avoir lieu dans la maison: les plombs sautent, des voix se font entendre dans les couloirs, des objets disparaissent, et mĂŞme le petit chien de belle-maman brille par son absence. Et dehors, la neige continue de dĂ©gringoler, rendant toute fuite impossible. Bref, on ne va pas y aller par quatre chemins: The Lodge fait preuve d’une rigueur visuelle Ă©patante, distille efficacement son poison et tripote Ă  l’envi la silhouette creusĂ©e de Riley Keough, qui continue de se tailler une filmo total chaos. Sauf que voilĂ , on sent que le tandem de rĂ©alisateurs court follement après l’ombre de Ari Aster, dont ils ont dĂ» adorer le superbe HereditĂ© (ça tombe bien, nous aussi!): rĂ©cit impitoyablement cadenassĂ©, huis-clos très esthĂ©tique et savamment travaillĂ© (avec mise en abyme sur maison de poupĂ©e: tant qu’à aller jusqu’au bout hein…), deuil et rancĹ“urs familiales coincĂ©s au fond de la glotte, spectre d’une secte malveillante… ça fait quand mĂŞme beaucoup. Le film se termine exactement lĂ  on attendait, et lĂ  oĂą on ne voulait pas Ă  vrai dire, sans atteindre la cruautĂ© dĂ©mente d’un Goodnight Mommy. Reste que ça occupera bien un soir d’hiver, Ă  tout hasard…

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