Série star de la PlayStation 2, Onimusha renaît de ses cendres 20 ans après un quatrième épisode qui avait eu la lourde tâche de relancer la machine après une trilogie quasi parfaite et qui s’était soldée par un semi-four (un demi-million de ventes). Excroissance de Resident Evil, le mastodonte de Capcom, comme Dino Crisis ou Devil May Cry, Onimusha mariait avec brio les angles fixes de la franchise à l’art du bushido, dans un Japon féodal uchronique où des figures de l’Histoire affrontent des démons de l’enfer dans un déluge de lames et d’hémoglobines. Davantage que Resident Evil, Onimusha a le septième art dans le sang et rend hommage au chanbara avec ses cadres millimétrés, la mise en scène de ses combats au sabre, ainsi que la modélisation de stars du cinéma japonais et international : Takeshi Kaneshiro (Onimusha : Warlords et Onimusha 3 : Demon Siege), Yusaku Matsuda (Onimusha 2 : Samurai’s Destiny), Jean Reno (Onimusha 3 : Demon Siege).
Pour le grand retour de sa saga, Capcom a vu les choses en grand et a ressuscité, comme pour le deuxième épisode, une gloire du panthéon cinématographique japonais : Toshiro Mifune, rien que ça, qui plus est dans un de ses rôles majeurs, celui de Musashi Miyamoto, qu’il a interprété dans la trilogie du même nom d’Hiroshi Inagaki, de 1954 à 1956. The Way of the Sword, c’est le nom de ce cinquième opus, est une réinterprétation de la destinée du célèbre bretteur, auteur du Traité des cinq roues, dont la légende a été relatée dans de nombreuses œuvres artistiques – surtout dans La Pierre et le sabre de Eiji Yoshikawa (aussi connu sous le nom de Musashi). Musashi, rōnin en quête de puissance, décime l’école Yoshioka (épisode célèbre de la vie du samouraï), avant d’être tué à son tour par d’invincibles démons, les genma. Propulsé en enfer, Musashi fait un pacte avec un étrange personnage vêtu de blanc, qui le renvoie sur Terre affublé d’un gantelet doré doué de la parole dont il ne peut se défaire. Arrivé à Kyoto, il fait la rencontre de Takamura Ono (Ono No Takamura, poète du IXᵉ siècle) qui lui révèle sa nature nouvelle d’Onimusha, un démon-samouraï, chargé de veiller sur la porte de l’enfer et de tuer les genmas qui s’en échapperaient en nourrissant son gantelet dévoreur d’âmes.

Exit les niveaux linéaires, Onimusha : The Way of the Sword se modernise et fait le pari de l’ouverture, du moins dans son hub central : Kyoto. Le gros de l’aventure s’y déroule et c’est là que Musashi reçoit ses ordres de mission. À quelques occasions, il se téléporte par des portails dans différentes zones fermées assimilables à des donjons, où l’attendent boss et cutscenes. Comme ses prédécesseurs, The Way of the Sword s’articule autour de deux mécaniques principales : les combats façon hack’n slash stylisés et cinématographiques et des puzzles environnementaux plutôt simplistes qui font plutôt la part belle au level design inspiré de ces « donjons ».

À celles-ci s’ajoute une mécanique de RPG qui justifie la présence centrale de Kyoto : combattre pour récupérer des âmes et crafter pour obtenir des matériaux afin d’améliorer les équipements et coups spéciaux de Musashi. Rien de très neuf, surtout que Resident Evil Requiem, autre blockbuster de Capcom sorti cette année, avait tenté plus ou moins le coup, mais les combats sont tellement prépondérants et jouissifs qu’on peut difficilement bouder notre plaisir, quand bien même ce Kyoto plongé dans la grisaille manque de variété et peut se révéler redondant. Restent des quêtes secondaires amusantes, parfois cruelles, au service de personnages aussi illustres et hauts en couleur que Murasaki Shibiku (autrice du Dit du Genji) et quelques vagues d’ennemis qui font office de challenge relevé.

Si beaucoup se sont plaints des combats, jugés trop faciles en raison de genmas attentistes – chacun attend son tour avant d’attaquer – tout cinéphile qui se respecte y aura reconnu une référence aux classiques du chanbara, des Sept samouraïs à Hara Kiri (sans même parler des Zatoïchi, des Baby Cart, Goyokin…) où les combats, sublimement chorégraphiés, font la part belle à l’attente, à la rupture de rythme et à la violence graphique avec des mises à mort spectaculaires. Les combats dans Onimusha : The Way of the Sword sont d’une grande richesse, même à l’aune du souls-like, et sont affaire de timing : coups rapides, coups puissants, esquives, défense, parades, parades puissantes et issen (coup signature des Onimusha, qui, utilisé au bon moment, tue en un coup votre adversaire, hors combat de boss). Surtout, The Way of the Sword suit une courbe de progression linéaire parfaitement maîtrisée et rare dans le jeu vidéo moderne – les jeux ont tendance à être des parcours de santé, ou bien à vous écraser rapidement contre un mur de difficulté. Les combats se complexifient au fur et à mesure des capacités acquises par Musashi et des ennemis rencontrés.

Et que serait un Onimusha sans ses combats de boss ? Véritable point fort du jeu, ils sont la quintessence de son système : une danse macabre avec la mort. On pourra pester contre l’utilisation abusive de certains mini-boss (les foutus Nue), il n’en reste pas moins des moments épiques et mémorables mettant à rude épreuve votre maîtrise du sabre – mention spéciale à Benkei, premier gros mur de l’aventure, Ganryu et au boss final – et rendant hommage aux origines horrifiques de la saga. On comprend mieux le sous-titre du jeu. La voie de l’épée est bien celle de l’apprentissage, à la dure, de la profondeur du gameplay d’Onimusha : The Way of the Sword. D’ailleurs, on n’a pas joué à meilleur jeu de sabre depuis Sekiro : Shadow Dies Twice. Et un jeu qui fait autant confiance en son système et au joueur vaut bien toutes ses (maigres) errances. Si c’est le point de départ d’une nouvelle trilogie (le jeu cartonne, c’est bon signe), on ne va pas faire la fine bouche, loin de là. Avec, pourquoi pas, la possibilité d’incarner d’autres légendes du cinéma japonais comme Tetsuya Nakadai, Takeshi Kitano ou Tomisaburō Wakayama ?
« Onimusha : The Way of the Sword », testé sur Xbox Series S


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