Culte des années 90 : Moby – « Porcelain »

En 1999, Moby sort Play, son cinquième album studio, et change soudain de dimension. Le musicien new-yorkais, jusque-là installé dans les marges de l’électronique, se retrouve avec un disque qui va largement dépasser le cercle des amateurs du genre. Au milieu des morceaux plus rythmés de l’album, le très beau, très lent et très étonnant en son temps Porcelain ralentit le mouvement. Le morceau avance sur quelques notes de piano, des nappes électroniques et la voix de Moby, avec les interventions vocales de Pilar Basso. La recette paraît simple, mais Moby y glisse plusieurs couches de références. Alors que plusieurs morceaux de Play utilisent des enregistrements de blues issus des collectes d’Alan Lomax, Porcelain emprunte un autre chemin. Moby signe seul l’écriture et la composition, tout en intégrant à son morceau un extrait de Fight for Survival, composé par Ernest Gold pour la bande originale d’Exodus en 1960. Un élément ancien vient ainsi se fondre dans la production électronique du morceau, sans jamais prendre le dessus.

Sous ses dehors de rêverie adolescente à écouter avec son baladeur dans son lit la nuit, Porcelain parle aussi de quelque chose de beaucoup moins abstrait : une histoire d’amour dont on sait qu’elle ne devrait pas exister. Moby l’explique lui-même lorsqu’on l’interroge sur le morceau. Il parle du fait d’être attiré par quelqu’un tout en sachant que la relation est vouée à poser problème, et évoque même les mécanismes biologiques qui peuvent nous pousser dans ce type de situation. Cette contradiction traverse toute la chanson : elle avance doucement, presque sans insister, alors que son sujet repose précisément sur l’impossibilité de faire comme si tout allait bien. Le morceau ne s’impose pas immédiatement comme un single à succès. Il profite d’abord de la progression de Play, sorti en mai 1999. L’album finit par atteindre la première place au Royaume-Uni et installe Moby bien au-delà de la scène électronique. Puis Porcelain sort en single en 2000. Il atteint la cinquième place des charts britanniques et reste sept semaines dans le Top 100. D’aucuns l’ont aussi sans doute entendu dans La Plage, le film de Danny Boyle sorti en 2000 avec DiCaprio, Canet et Ledoyen en Thaïlande (mais siiii, quand ils découvrent la plage làààà).

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