Planquez vos citrouilles et les sorcières de Blair: voici les 100 films que nous vous conseillons pour Halloween. Inutile de préciser que vous avez l’embarras du choix et que chaque film vaut la peine d’être (re)vu.

La sorcellerie à travers les âges (Benjamin Christensen, 1922)
Entre reconstitution et documentaire, ce film de 1922 n’a rien perdu de sa pertinence subversive. Incidemment, son traitement de l’hystérie en fait le complément idéal du proto chaos Antichrist.

Nosferatu, fantôme de la nuit (Friedrich Wilhelm Murnau, 1922)
De tous les films de cette époque expressionniste, l’une des plus riches de l’histoire du cinéma, c’est un des plus beaux. Il se trouve qu’il traite de vampires, puisqu’il est adapté de Dracula, mais comme la production n’avait pas les moyens d’acheter les droits du livre de Bram Stoker, les noms ont été changés, ainsi que les lieux.

Vampyr (Carl Theodor Dreyer, 1932)
Le Vampyr de Dreyer est l’un des plus beaux films d’horreur au monde. En effet, marqué par des aléas de tournage, Dreyer décida de conserver l’inattendu surexposition lumineuse du film pour renforcer l’atmosphère étrange et onirique du film. Vampyr est en quelque sorte à l’opposé de l’expressionnisme de Nosferatu. Œuvre sonore, elle décompte pourtant un nombre très limité de dialogue. Les interactions entre les personnages sont donc réduites à néant, et le voyage du protagoniste devient progressivement halluciné, dans un état constant d’incertitude.

I walked with a zombie (Jacques Tourneur, 1943)
Peut-être pas le tout premier, mais certainement le plus beau et le plus envoûtant des films inspirés par le vaudou pratiqué à Haïti. On y voit incidemment mais pas par hasard une reproduction de L’île des morts de Harold Böcklin. Je profite du contexte vaudou pour tricher un peu et signaler en passant L’emprise des ténèbres de Wes Craven, qui arrive en N°2 dans la sous-catégorie des films de zombies haïtiens.

L’Enfer (Nobuo Nakagawa, 1960)
Pendant une bonne partie du film, L’Enfer n’est pas particulièrement chaos, pas particulièrement horrifique – mais ses divers personnages ont quelque chose à expier. Parfait: Nobuo Nakagawa (maître de l’horreur malheureusement méconnu chez nous) va les catapulter dans un enfer encore plus terrifiant qu’une comédie française. L’Enfer est une succession de tableaux hallucinés où des malheureux se font découper ou mijotent tel un bouillon Maggi tandis que des poupons chouinent pour l’éternité sur un fleuve semblable au Styx. Le gore et la poésie se rencontrent dans ce fascinant cauchemar surréaliste.

Les yeux sans visage (Georges Franju, 1960)
Le délicat sadisme de Franju, la détresse mutique de Pierre Brasseur, les dialogues de Boileau-Narcejac, la musique de Maurice Jarre, le noir et blanc, la poésie de la dernière séquence… Comme dirait Gaspar Noe dans Climax, un film français et fier de l’être. Et qui nous rend fiers.

Les innocents (Jack Clayton, 1961)
Dans une vieille maison victorienne, une gouvernante se persuade que les esprits de celle qui l’a précédée et de son amant maléfique sont peut-être à l’origine des troubles qui tourmentent les deux orphelins dont elle a la charge. A moins qu’elle-même ne soit en train de perdre la raison. Pas de jump scares ni d’effets tape à l’oeil ici: l’atmosphère magnifiquement sinistre vient autant de la musique glaçante que des décors sublimés par la photo de Freddie Francis (incitant David Lynch à faire appel à lui pour le Scope noir et blanc d’Eraserhead). Alejandro Amenabar s’en est largement inspiré pour Les autres (2001).

La maison du diable (Robert Wise, 1963)
Un scientifique réunit un groupe de volontaires dans un vieux manoir dans l’espoir d’observer la présence de fantômes. Modèle d’économie, d’intelligence, d’angoisse jouant sur la suggestion et les effets sonores: moins on en voit, plus on a peur.

La Meurtrière diabolique (William Castle, 1964)
C’est par un cri que s’ouvre La Meurtrière diabolique, fleuron du Grande Dame Guignol, sous-genre horrifique queer et grotesque initié deux ans auparavant avec Qu’est-il arrivé à Baby Jane?. Joan Crawford, l’incarnation-même du chaos à l’écran, est de retour dans ce Southern Gothic dingo où l’on tranche à la hache et où l’on ne craint aucune excentricité. Le film, visuellement superbe, s’offre l’un des dénouements de cinéma les plus outrés jamais vus – une sorte de rêve mouillé pour tout fan des précédents catfights entre Joan et Bette Davis.

Onibaba (Shindô Kaneto, 1964)
Puisque Halloween est la nuit des masques, c’est l’occasion de revoir cette allégorie sur le désir et la frustration qui utilise le masque comme un symbole particulièrement riche de sens.

Kwaidan (Masaki Kobayashi, 1964)
Grand formaliste, Kobayashi met en scène chaque récit dans des décors merveilleux, entièrement peints en studio, renforçant leur aspect irréel. Un procédé que reprendra Akira Kurosawa dans Dodeskaden. Une magnifique introduction à la fois au kaidan eiga et à la vague de la J-Horror entamée au début des années 1990.

La nuit des morts vivants (George A. Romero, 1968)
Un film charnière, essentiel, qui n’a pas seulement inventé une nouvelle forme de financement du cinéma indépendant, mais a ouvert la porte au film d’horreur moderne, un peu comme Psychose avait fait avec le thriller quelques années plus tôt. Romero s’est encore surpassé par la suite, notamment avec Zombie (1978).

La Révolte des morts-vivants (Amando de Ossorio, 1971)
Ce ne sont peut-être pas les plus connus mais ce sont indubitablement parmi les morts-vivants les plus ensorcelants de l’histoire du cinéma: ces templiers sortis de terre et dont les destriers galopent au ralenti dans une Espagne coupée du monde. Le kitsch et le cheesy ne font pas ombrage à l’onirisme morbide du long métrage, et à son amour des vieilles pierres tombales comme aux plus belles heures de Jean Rollin.

Dr Jekyll and sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971)
Belle transrelecture du mythe de Stevenson et peut-être même la meilleure: Jekyll ne devient plus un être grimaçant et libidineux mais une créature exquise, dont la beauté n’a d’égale que la perversité; Jack l’éventreur porte des froufrous et elle s’en porte bien. Le sous-texte est, comme beaucoup d’oeuvres de l’époque, tendu pour ne pas dire douteux, mais le charisme de Martine Beswick, vorace, guide le héros vers une nouvelle dimension délicieuse. Le plaisir de la transgression et de la métamorphose infuse des notes camp savoureuses, en faisant indéniablement un des films les plus passionnants et osés de la Hammer.

The Wicker Man (Robin Hardy, 1973)
Du film lui-même, on gardait un souvenir vague qui se résumait à son folklore: les masques, le carnaval, le refus de l’autorité, l’obsession de la fertilité et la célébration de l’hédonisme dans une ambiance dionysiaque. Mais ces apparences séduisantes masquaient un sens beaucoup plus sombre et angoissant, qui explique peut-être la résurgence du film aujourd’hui: la perspective imminente de l’épuisement des ressources terrestres exacerbe le repli communautaire fanatique autour de croyances irrationnelles.

Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hopper, 1974)
Géniale variation de Psychose, avec une famille entière de dégénérés pour massacrer les intrus. Il génèrera une quantité de rejetons recommandables, de La colline a des yeux (77) à The devil’s rejects (2005).

Blood for Dracula (Paul Morrissey, 1974)
Un comte Dracula bizarre, sous-alimenté et triste – Udo Kier – cherche à survivre en buvant le sang d’une vierge. Mais wake up Dracula! Plus personne n’est vierge. Joe Dallesandro, le campagnard hétérosexuel furieux et communiste leur est toutes passé dessus. Une critique socio-politico-méta-lol où Roman Polanski porte une moustache, où à peu près tout le monde est sexy et où on a droit à une scène de dégueulis d’hémoglobine mythique ponctuée d’un: «The blood of these whores is killing me».

La bête tue de sang froid (Aldo Lado, 1975)
La réponse italienne à La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972) en rajoute dans la noirceur, et doit une bonne partie de son attrait au personnage extrêmement ambigu et pervers joué par Macha Méril.

Le Cercle Infernal (Richard Loncraine, 1977)
Le parcours d’une mère (Mia Farrow, inoubliable), désemparée par la mort de sa petite fille, qui quitte son mari et s’installe dans une demeure victorienne, confrontée à des phénomènes étranges. Avant d’être un objet à frisson, ce véritable drame humain sur un deuil impossible surprend par la qualité de son interprétation, la solitude de son personnage, la sobriété de ses effets, la beauté silencieuse de ses plans, l’atmosphère ouatée, la musique sublime, infernale, de Colin Towns.

Suspiria (Dario Argento, 1977)
Le remake prétentieux et raté de Luca Guadagnino vient à point pour rappeler la splendeur inégalée du monument baroque signé Dario Argento.