[100 FILMS POUR HALLOWEEN]

Desperate Living (John Waters, 1977)
Mink Stole hurle des horreurs à des petits enfants, à son mari et à la terre entière. On atterrit dans un pays des merveilles craignos, où les gens sont obligés de s’habiller de manière à avoir l’air stupide et où les flics font du lap dancing à poil.

Hausu (Nobuhiko Obayashi, 1977)
Il faut absolument voir cette variation unique sur le thème de la maison hantée dépoussiéré par magie avec des jeunes filles en fleur, du gore, un piano glouton et un chat qui en joue. C’est l’appétit de merveilleux cher aux surréalistes. C’est l’orgasme-fait-film, Hausu!

Zombie (George A. Romero, 1978)
Réalisé dix ans après La nuit des morts vivants, ce second volet de la saga de George Romero met en scène des personnages de rien qui tentent de survivre face à une horde de zombies prêts à tout. Mais avec plus de moyens, le résultat est presque plus puissant. Et puis rien que pour cette phrase: quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre.

Nosferatu, fantôme de la nuit (Werner Herzog, 1979)
À Wismar, au XIXe siècle, un jeune homme, Jonathan Harker (Bruno Ganz) part dans les Carpates afin de négocier la vente d’une maison avec le comte Dracula (Klaus Kinski)… qui tombe raide-dingue de son amour (Isabelle Adjani). Werner Herzog situe son hommage sublimé au chef-d’œuvre de Murnau dans un purgatoire et le rend de fait doublement intrigant, accentuant la solitude comme la tristesse. Loin de sombrer dans le pastiche, une relecture d’une intensité inouïe et d’une beauté plastique hors-norme.

Shining (Stanley Kubrick, 1980)
En adaptant le livre de Stephen King, Kubrick a pris soin de laisser de côté les explications trop évidentes, laissant l’histoire ouverte à une multitude d’interprétations qui n’ont pas manqué de s’exprimer au fil des décennies. Lesquelles (décennies) n’ont aucun effet sur le film, sinon de le mettre en valeur. A la différence de Poltergeist, sorti 2 ans plus tard, qui fonctionne sur les mêmes principes (maison hantée et pouvoirs parapsychiques) mais qui, malgré ses qualités, paraît très daté en comparaison.

The Fog (John Carpenter, 1980)
Un film rarement cité dans les meilleurs films de Carpenter. Hérésie, tant c’est, à chaque plan, une leçon de mise en scène de la terreur. Comme dans nombre de ses longs, l’horreur s’installe lentement, de manière à introduire l’ensemble des protagonistes, ainsi que les futurs enjeux. Les fantômes se déplacent à travers le brouillard du titre, étrangement vert, et luisant, comme s’il était vénéneux. En parallèle, The Fog dialogue secrètement avec l’histoire macabre des Etats-Unis, forgés sur l’évangélisation et le massacre de peuples autochtones. Un conte moral à la mécanique fatale atteignant des sommets dans sa confrontation finale entre les fantômes et les survivants, dans l’enceinte d’une église.

Suddenly in Dark Night (Ko Young-Nam, 1981)
Après son postulat mi-Théorème mi-La Servante, où une domestique amène le chaos avec elle dans une maison, Suddenly in Dark Night explore le thriller psychologique, le film de maison hantée et le film de possession. Une sainte trinité traitée à la façon d’un kaléidoscope psychédélique jubilatoire, qui aurait pu être signé par un Dario Argento en voyage dans un territoire inconnu et mystérieux: l’horreur des années 80 en Corée du sud.

L’au-delà (Lucio Fulci, 1981)
On adore Lucio Fulci, cinéaste multi-genre (giallo, drame, western, fantastique, comédie, film historique), même – et a fortiori – lorsqu’il fait n’importe quoi. Le combat du requin et du zombie dans L’enfer des zombies, on aime, et c’est un exemple parmi tant d’autres. Adepte du théâtre de la cruauté, il a fait le meilleur comme le pire, et parfois le meilleur du pire. Mais avec L’au-delà, c’est le meilleur du meilleur: du sublime au grotesque, des visions aux visées, c’est tout l’art de Fulci condensé, à sa quintessence.

L’Éventreur de New York (Lucio Fulci, 1982)
Si vous n’avez pas déjà fait une crise de foie suite au déluge de superlatifs qualifiant ces précédents films, j’en rajouterais bien une couche : voici probablement le méchant de cinéma le plus glorieusement débiloïde de l’histoire du 7e art. Un éventreur psychopathe qui terrorise également ses victimes au téléphone, en prenant une voix de canard. Ce pourrait être un nanar, ça en a parfois le goût, mais c’est aussi de l’horreur glauque et sans concession, à l’image du dernier plan – peut-être le plus cruel jamais tourné.

The Thing (John Carpenter, 1982)
Sorti au même moment que E.T., The Thing passa malheureusement inaperçu malgré une célébration des effets spéciaux hallucinants de Rob Bottin. Aujourd’hui, on ne présente plus le chef d’œuvre de John Carpenter, film d’horreur à la tension permanente. The Thing traumatisa plus d’un cinéaste, dont Quentin Tarantino. Ce dernier rendit d’ailleurs hommage à l’œuvre de Carpenter dans Les 8 Salopards, jusqu’à en reprendre le décorum enneigé et Kurt Russell, mais également dans son premier film, Reservoir Dogs.

Frères de sang (Frank Henenlotter, 1982)
De tous les films de monstres dont Frank Henenlotter s’est fait une spécialité (Elmer, le remue-méniges, Frankenhooker), celui-ci est probablement le plus attachant à cause de la profondeur inattendue des liens affectifs qui unissent deux frères siamois, en route pour se venger des médecins qui les ont séparés à la naissance. Une histoire de vengeance unique en son genre, bourrée d’idées, qu’on peut voir comme un hommage au New York de la fin des années 70, soit l’âge d’or du cinéma d’exploitation.

Halloween 3: le sang du sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982)
Halloween 3 part du désir d’une saga annexe, avec comme seul lien la sempiternelle nuit d’Halloween. Avec le papa de la série Quatermass sous les bras, le faiseur Tommy Lee Wallace mélange SF et surnaturel, mitraille la société de consommation, aligne les morts brutales (visage défiguré au laser, crâne disloqué, décapitation à mains nues, gosse liquéfié: zéro quartier) et quitte les terres du slasher pour une horreur complotiste façon Twilight Zone. À l’époque, ça tire la gueule sévère: sans le tueur masqué aux trousses, le public lance ses tomates pourries, condamnant Halloween 3 à des années de réputation fumeuse. Depuis, ce modèle de série b méchante et inventive a été gracieusement réhabilité, sa comptine infernale trottant dans toutes les têtes à chaque Toussaint.

Les prédateurs (Tony Scott, 1983)
Miriam (Catherine Deneuve) est une vampire née en Égypte il y a 4000 ans, demeure immortelle et toujours aussi sublime. Son secret pour rester belle: se nourrir de sang humain. Sa passion: écumer les boîtes de nuit en quête de sang neuf. Jusqu’au jour où son compagnon (David Bowie), rencontré il y a belle lurette, commence soudainement à vieillir. Prête à tout pour le sauver, elle se met en tête de séduire Sarah (Susan Sarandon), une spécialiste des mécanismes du vieillissement. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu. Dans un écrin glamour à mort, Tony Scott dépoussière le mythe vampirique dans un superbe cauchemar éveillé.

The Trail (Ronny Yu, 1983)
Drôle de chainon manquant entre le pre-Category III (qui commençait à vivre ses derniers instants) et la ghost-kung-fu-comedy (qui arrivait au galop), avec un zombie/vampire dégoulinant collant aux trousses d’un bande de faux sorciers pieds-niquelés. C’est aussi fun qu’inquiétant, avec ce qu’il faut de nuit brumeuse, de gags couillons et de dérapages cracra. La fin romantico-explosive, cheesy à souhait, suivi d’un clin d’oeil débilo à L’exorciste, permet de conclure sur une note jouissive. Et le tout emballé dans un beau Scope.

La foire des ténèbres (Jack Clayton, 1983)
Justement une prod Disney, de l’époque de cette drôle de parenthèse ou l’empire Mickey s’est essayé à vouloir terroriser ses ouailles. Quelle meilleure idée que d’aller chercher Jack Clayton, l’auteur des Innocents et de Chaque soir à neuf heures? Énorme échec à sa sortie, La foire des ténèbres reste un formidable conte gothique.

Le dernier survivant (Geoff Murphy, 1984)
Un savant se réveille un bon matin et constate que les êtres humains ont littéralement disparu de la planète. Un film d’anticipation post-apocalyptique zébré de visions belles et folles.

Gremlins (Joe Dante, 1984)
Qui a dit que Gremlins était un film enfantin? Production Amblin sortie en pleine Spielberg Mania (qui a contaminé même John Carpenter avec son Starman), Gremlins est le pendant anar’ et turbulent de E.T. et Retour vers le futur. Forcément, avec Joe Dante à la réalisation, le film décape avec son ton cartoonesque et la middle class Reaganienne en prend pour son grade. Le réalisateur a fait comme ses créatures: il a tout parasité sur son passage. Inégalable. Quelques années plus tard, Dante a réalisé une suite encore plus chaotique à Gremlins et offert au monde le premier film anti-Trump (représenté dans le film par l’intermédiaire du milliardaire Clamp).

Le retour des morts-vivants (Dan O’Bannon, 1985)
Pour d’obscures raisons légales, Dan O’Bannon a mis la main sur un projet de suite développé par Romero, et il a obtenu le droit d’utiliser l’appellation Morts-vivants. Il y a ajouté une dimension punk et parodique, possiblement redoutable, mais qui fonctionne parfaitement ici, où tous les choix sont justes, depuis le casting de Clu Gulager, jusqu’à la BO composée d’inédits des Cramps, de Roky Erickson et des Damned.

Le Jour des Morts-vivants (George A. Romero, 1985) 
Les zombies sont tellement à la mode qu’on en oublierait presque aujourd’hui leurs origines underground. Au-delà d’un brûlot politique puissant, une boucherie incomparable, sans doute la plus spectaculaire jamais imaginée par le cinéaste et son maquilleur de génie Tom Savini. Et puisqu’on célèbre dans ces pages un certain chaos, la séquence finale, succession ininterrompue de démembrements incroyablement gore et grand-guignolesques, me semble plus qu’appropriée et pertinente. Personne n’a jamais filmé la chute de l’humanité avec la folie dévastatrice et la gouaille anarchiste de Romero. Ce monument de l’horreur en sont la preuve.

Re animator (Stuart Gordon, 1985)
Encore une variation inattendue et originale des morts-vivants, avec une touche de Frankenstein, cette fois inspirée d’une nouvelle de Lovecraft. Stuart Gordon, qui vient du théâtre d’avant garde, et d’une époque où la censure avait un peu relâché la pression, n’hésite pas une seconde à pousser les tous les curseurs dans le rouge, pour sublimer le genre. C’est toujours un régal.

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