Après « Tommy Guns », Carlos Conceição a réalisé un très curieux thriller SF, « Bodyhackers »

Alors que son très beau Tommy Guns vient de sortir dans les salles françaises après des années d’errance, le réalisateur portugais Carlos Conceição, que nous avions interviewé tout récemment, présente Bodyhackers, son premier long-métrage en langue anglaise dans les festivals (à Édimbourg puis au Scary Movies de New York). Un très curieux thriller de SF où la chirurgie esthétique semble être devenue une addiction aux yeux de certains.

« Bodyhackers est un film sur la peur, la paranoïa et la nécessité de sacraliser la douleur, surtout la douleur physique lorsque l’autre douleur, la douleur psychique, n’a plus d’endroit où se loger. Ce sont des thèmes qui traversent mon travail depuis mes premiers courts métrages […] Le film est en anglais parce qu’il est né d’une commande internationale, tout comme mon prochain long métrage le sera. J’aime énormément les grands thrillers paranoïaques comme The Parallax View, The Boys from Brazil, The Ninth Configuration… Mais ce qui me passionne le plus, dans n’importe quel film, est le moment où sa forme commence à reproduire le comportement de son sujet : lorsque le découpage lui-même devient suspect, lorsque la mise en scène semble surveiller les personnages, lorsque le scénario donne l’impression de dissimuler des informations au spectateur. En ce sens, Bodyhackers est probablement plus expérimental que mes films précédents. C’est un risque que j’ai pris avec beaucoup de plaisir. »

Au cœur de cette obsession de corps rafistolés, on pense à Crimes of the Future, évidemment. Selon son auteur, le projet ne s’apparente pourtant pas tant que cela au réalisateur spécialiste de la nouvelle chair : « Cronenberg se trouve évidemment dans le voisinage du film, mais sa filiation la plus profonde vient peut-être de Burroughs et surtout de J. G. Ballard, un écrivain sur lequel je me suis spécialisé à l’université et qui reste depuis une sorte de mentor de mon inconscient. C’était une référence déjà palpable dans Serpentário et dans le film-installation Baía dos Tigres. »

Au casting, surprise, on y retrouve Elina Löwensohn, aperçue également cette année dans Mi Amor, et bientôt de retour chez Mandichaos, ici dans un rôle de chirurgienne onctueuse et inquiétante : « Elle est Frankenstein, Pygmalion et ORLAN tout à la fois : la créatrice et l’artiste qui transforme le corps en médium. Elina est une actrice brillante, d’une générosité exceptionnelle et dotée d’une sensibilité très rare au bizarre. Elle identifie immédiatement la fréquence d’une scène, son degré d’ironie, de menace ou d’artifice, et sait y contribuer sans jamais la surcharger. Travailler avec elle a concrétisé un rêve que je portais depuis que j’avais vu Nadja, de Michael Almereyda, à l’âge de quinze ans. Je n’avais jamais été véritablement starstruck par quelqu’un auparavant. Avec elle, je l’ai été. Heureusement, sa générosité a très vite transformé cette intimidation en un immense plaisir de travail. »

La suite des hostilités après la tournée des festivals…

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!