
Murder Party (Jeremy Saulnier, 2007)
Un nerd qui pue la lose et se fait juger par son chat passif-agressif en vient par dépit à répondre à une invit’ anonyme pour une soirée d’Halloween. Pas de chance, la fête est organisée par un gang de wanna be meurtriers qui veulent le massacrer pour le bien de leur concept artistique novateur. C’est post-horreur, rigolo, ça a été fait par le p’tit bonhomme derrière Blue Ruin, Green Room et sa team. Il y a un chien sous crack, un loup-garou alcoolo et la Pris de Blade Runner sur-cokée. Murder is the new black.

Trick ‘r treat (Michael Dougherty, 2007)
Un directeur d’école serial-killer qui doit faire attention à ses rencontres nocturnes, une lycéenne glam qui cherche désespérément son cavalier, une bande d’ados qui s’égarent sur le lieu d’une tragédie et s’amusent à se faire peur… Ce film à sketches acrobatique ressemble à un film fantastique comme on en faisait au début des années 90. Parfaitement calibré pour une bonne soirée Halloween, il carbure au premier degré et ne tutoie à aucun moment un cynisme de bas étage. En le regardant, on repense aux sensations que l’on pouvait ressentir en découvrant Paperhouse ou Candyman, de Bernard Rose, ou même le film à sketches Body Bags avec cet amour du genre chaudement communicatif et une inventivité tous azimuts.

Morse (Tomas Alfredson, 2008)
Ce troisième long métrage du réalisateur suédois Tomas Alfredson contient suffisamment de promesses et d’enjeux pour nourrir dix films actuels. Un conte initiatique sur toutes les formes de peurs avec sa nuit noire, son atmosphère de purgatoire tout blanc, sa nature inquiétante, ses routes désertes à emprunter, ses tunnels à traverser. Et, sur ce territoire, plane une menace redoutée et attendue: un mystère, une force animale, une présence maquisarde qui fait très peur. Un film de vampire donc, dont la dimension unique a fait l’effet d’un classique instantané.

The Loved ones (Sean Byrne, 2009)
Les ravages de l’imagination et la cristallisation du désir sont au menu de ce teen movie horrifique, croisement idéal entre une comédie de John Hugues et Massacre à la tronçonneuse.

Blood island (Bedevilled) (Jang Chul-soo, 2010)
Amplifiées par l’insularité, des années de frustrations et de mauvais traitements finissent par provoquer le proverbial effet cocotte minute, libérant une violence aussi brutale que soudaine. Un choc inoubliable.

The Woman (Lucky McKee, 2011)
Un bon papa droit dans ses bottes (en réalité, un porc) prend la décision de «civiliser» une femme sauvage. Lucky McKee signe un film d’horreur furieux et féministe qui redonne toute son essence au genre: car derrière le sang, l’effroi, parfois le grotesque et ses débordements, il y a un geste politique, un esprit subversif, une distance avec le réel pour mieux s’en emparer.

Sinister (Scott Derrickson, 2012)
On aurait tendance à sous-estimer un film dont le pitch rappelle autant Shining, et pourtant. Il contient des pièges scénaristiques assez malins et les snuff movie familiaux en super 8 sont chacun de petites réussites de glauquitude. Le tout accompagné par une des meilleures B.O. horrifiques de cette décennie, signée Christopher Young. Le petit plus, c’est que cette composition originale est agrémentée de trouvailles en provenance du fin fond de la Norvège sataniste black metaleuse des années 90. De quoi vous empêcher de dormir, ou au moins de vous réveiller en pleine sieste pour vous coller une sévère paralysie du sommeil.

Starry Eyes (Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, 2014)
Ce cauchemar éveillé, hanté par les ombres tutélaires de David Lynch et Roman Polanski, a l’immense mérite d’aller jusqu’au bout de sa logique délirante et rien que pour ça, il mérite le coup d’oeil. A cela s’ajoute la découverte d’une comédienne démente: Alexandra Essoe, que l’on a aussi vu imiter Shelley Duvall dans Doctor Sleep de Mike Flanagan. Un vrai film d’horreur donc, où les rêves font les stars et où les stars font des cauchemars.

It follows (David Robert Mitchell, 2014)
DRM sa connexion avec les jeunes adultes de son époque, dans un contexte fantastique à la fois innovant et familier, le film évoquant en intensité les Carpenter de la meilleure époque. Le pitch est aussi simple que génial: un mal mystérieux et possiblement mortel est transmis par le sexe, et la seule façon de s’en débarrasser, c’est de coucher avec quelqu’un d’autre. Le vieux motif puritain qui justifiait les slashers idiots est retourné comme une chaussette, mais l’ambiguité morale reste, notamment la question du consentement. Bilan, l’un des meilleurs films fantastiques de la décennie.

Bone tomahawk (S. Craig Zahler, 2015)
Craig Zahler a essayé de fourguer ses scénarios pendant deux décennies avant de comprendre qu’il ferait mieux de les réaliser lui-même. Résultat, la révélation d’un auteur adepte de l’ultra violence, dialoguiste émérite et virtuose dans la gestion du temps. Version gore de La prisonnière du désert, ce film ultra fauché mais supérieurement écrit, réalisé et interprété a été une surprise majeure. Le meilleur western déviant depuis Vorace.

Ghostland (Pascal Laugier, 2018)
Nostalgique des séries B bien malsaines des années 80 et écœuré par le spectateur de 2018 accro à son smartphone, Pascal Laugier propose un film intemporel, sans âge, à la fois très ancien (sans tomber dans le cheap) et très nouveau (sans s’abimer dans le post-moderne). La dérive effrayante des filles du calvaire martyrisées comme des poupées qu’un psychopathe veut casser.

Hérédité (Ari Aster, 2018)
Halloween est le moment parfait pour rattraper/revoir ce classique instantané, à la fois grand film de terreur (et grand film, tout court) de 2018 et révélation d’un cinéaste surdoué. Avec sa sorcellerie à tous les étages, le plus durable et substantiel des films de terreur contemporains.

What keeps you alive (Colin Minihan, 2018)
Elles sont deux, elles s’aiment, et rien de pourra les déloger de leur petit week-end dans un chalet au milieu de nulle part. Et puis soudain, c’est le drame (mais on vous dira pas lequel). Ce survival, dont on vous défend de lire quoi que ce soit ne serait-ce que pour préserver toute la saveur du récit, constitue un summum d’efficacité perverse et prouve qu’on peut mettre en scène des personnages LGBT dans un film de genre sans obligatoirement les lisser… ni être nauséabond.

Border (Ali Abbasi, 2018)
L’écrivain John Lindqvist avait inspiré le magistral Morse de Tomas Alfredson en transposant la mythologie du vampire dans la Scandinavie contemporaine, et si la nouvelle ayant inspiré cette fois Border racontant le quotidien d’une femelle troll vivant au milieu des humains était du même tonneau, sa transposition ciné dépasse les attentes.

Midsommar (Ari Aster, 2019)
Récit d’une rupture improbable sur fond de rites païens gorgés de soleil et de dopamine, Midsommar, le deuxième film d’Ari Aster est un drame bergmanien doublé d’un trip psychédélique sidérant.

Fried Barry (Ryan Kruger, 2020)
Si le but de ce film tait d’émettre des stimuli propices à libérer la dopamine et d’entrer en empathie avec le personnage principal, l’effet est totalement réussi. La bande-son techno métal indus est parfaitement synchrone avec les effets visuels hypnotiques et contribue fortement à provoquer chez le spectateur une irrésistible transe euphorique.

Come true (Anthony Scott Burns, 2021)
Ce second long-métrage de l’homme orchestre Anthony Scott Burns (il écrit, réalise, éclaire, monte, compose la musique et assure la direction artistique) suit une ado qui semble avoir de bonnes raisons de ne pas vouloir dormir chez sa mère. Souffrant de cauchemars récurrents, elle espère trouver un répit en s’inscrivant à un programme d’études du sommeil menés par un groupe de chercheurs. Rythmé par des séquences de rêve extrêmement impressionnantes et reposant sur la suggestion beaucoup plus que sur la représentation, le récit progresse de façon inattendue jusqu’à une conclusion qui invite à reconsidérer tout ce qu’on a vu sous un jour nouveau.

Glasshouse (Kelsey Egan, 2021)
Au-delà du contexte post-apocalyptique, une fable sur la nature illusoire des conventions familiales, sur l’importance de la mythologie, et aussi sur la façon dont celle-ci peut être modifiée pour s’adapter aux circonstances. Délicat et sauvage, sensuel et sanglant.

Happily (BenDavid Grabinski, 2022)
De la comédie existentielle, en passant par la murder party, le thriller high concept ou la fable sf blackmirroresque, Happily semble inviter toutes les possibilités qu’offre son récit… pour les déjouer. Vraie découverte, impec pour Halloween.

Black Phone (Scott Derickson, 2022)
Dans le genre film de séquestration, on a vu plus banal. Si on apprécie tout particulièrement l’atmosphère crépusculaire et maussade de la fin des années 70, avouons que la grosse surprise vient surtout de Ethan Hawke, le good guy aux yeux clairs ici dans la peau du croquemitaine, tour à tour onctueux, sanguinaire et insaisissable. De belles idées de mise en scène (les fantômes guidant le héros par un jeu de piste qui révélera tout son sens en fin de partie) et sa drôle de gueule de film Amblin accidenté et mortifère.