Memento, de Christopher Nolan (2000)
Deux ans après Following, son premier film, Christopher Nolan réalise une version longue avec Memento («souviens-toi» en latin) en creusant le même genre (le film noir) et en racontant une nouvelle quête identitaire: celle de Leonard Shelby, un homme socialement inadapté et souffrant d’affres mnémoniques. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, ce dernier a structuré sa vie à l’aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C’est ce qui l’aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l’espace et du temps. L’atout, c’est un montage à rebours (on commence par la fin et on finit par le début, ou presque), et donc une narration minutée à la seconde près, qui resserre une à une les mailles distendues de son énigme. Les scènes en noir et blanc marquent le présent tandis que celles, en couleur, doivent se voir comme des flash-back. En littérature, on a déjà vu ça dans Betrayal, de Harold Pinter ou encore La flèche du temps, de Martin Amis, où l’on suit la vie d’un homme du dernier à son premier souffle. Au cinéma, cette astuce est plus rare. Gaspar Noé avoue s’en être inspiré pour raconter Irréversible à l’envers. Autrement, l’utilisation de la voix-off permet de travailler la subjectivité et la notion de point de vue: lors d’une course-poursuite où il pense être le prédateur, Shelby se rend compte qu’il est en réalité la proie. Nolan annonce déjà un sens incroyable du casting en confiant un rôle culte à Guy Pearce – à l’origine, ce devait être Brad Pitt – et en recrutant dans son univers deux acteurs vus dans Matrix des frères Wachowski (Carrie-Ann Moss et Joe Pantolano).