Vous reprendrez bien un peu de film noir?

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Sang pour sang de Joel et Ethan Coen (1984)
Le premier film des frères Coen tient de la mini-révolution dans le cinéma américain des 80’s. On est alors en plein boom d’une génération de cinéastes formés à l’école New Yorkaise: Spike Lee, Jim Jarmusch et consorts. Tous s’entichent d’un cinéma marqué par des influences européennes, un cinéma intimiste en noir et blanc. Les Coen y préfèrent le noir tout court. L’intrigue de Sang pour Sang (le mari, la femme, l’amant et le privé, chacun qui croit truander ou être truandé par les autres) renoue avec la tradition littéraire américaine d’un Jim Thompson: la radiographie d’un environnement tordu – en l’occurrence le Texas, État aussi riche que bouseux – avec un quelque chose de plus contemporain: un sens dévastateur de l’ironie. Sous ses airs d’un pur exercice de style autour de la série B régressive, Sang pour sang cache une érudition passionnelle pour le roman policier (jusqu’au titre original Blood simple, emprunté à l’argot des livres de Dashiell Hammett). Tout le reste dans cette relecture policière d’un marivaudage qui tourne mal est affaire de contre-culture, de déconstruction formelle. Les Coen amenant à leur science du film noir, une certaine décomplexion, osant un peu de bricolage avec leur caméra là où tout réclame une certaine rigueur. L’effronterie de Sang pour sang, jusque dans l’éclat de rire sardonique qui ponctue la dernière séquence, aère la souricière que les deux frères construisent autour de leurs personnages, panel d’une ordinaire mais pathétique espèce humaine. Plus tard, les Coen tenteront de refaire un coup similaire avec Fargo et The Big Lebowski.

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