CANNES, JOUR 5 – Radu Jude en interview, Ilinca Manolache en Bobitza sur la Croisette (Le Journal d’une femme de chambre à la Quinzaine), John Travolta Palmé, son premier film paumé (Vol de nuit pour Los Angeles), des grands noms en compétition (Kore-eda, Sorogoyen), l’attendu Shana à la Quinzaine, des zombies très polis à minuit (Colony de Yeon Sang-ho)…
On en a touché deux mots dans la gazette précédente, on en remet une couche sur Le Journal d’une femme de chambre de Radu Jude, pour deux raisons : au-delà même de ce que l’on pense de ce film français qui file une claque aux petits mauvais auteurs bien de chez nous (vous pouvez lire la critique ici), on vous propose de prolonger le plaisir avec une interview de Radu Jude à retrouver dans notre ChaosTV et avec Bobitza, l’avatar diabolique de la géniale actrice Ilinca Manolache, qui nous a laissé un message exclusivement à Chaos. La Palme dormant quelque peu dans notre Palmomètre, on lui décerne volontiers la Palme du chaos.
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Il n’y a pas que Bobitza comme star à Cannes. Étoile planétaire des années 70 avec Grease avant de revenir dans Pulp Fiction en 1994, l’acteur John Travolta a encore ravivé sa légende en recevant une Palme d’or d’honneur surprise à Cannes, où il est venu présenter son premier film comme réalisateur. En recevant sa Palme d’or d’honneur, il s’est également rappelé de son émotion quand il avait appris que son premier film comme réalisateur, Vol de nuit pour Los Angeles, était sélectionné à Cannes Première. « Je n’avais aucun espoir que mon film serait accepté », a-t-il dit, assurant avoir « pleuré comme un bébé » quand Thierry Frémaux lui a annoncé en novembre dernier qu’il serait projeté à Cannes. « Tu es, selon moi, la personne qui a le plus de discernement de toute l’industrie du cinéma », a-t-il lancé au délégué général du festival.
Certes, tout le monde parle de la palme-surprise, mais personne n’est là pour parler de ce qui est un autre événement : c’est la première fois que l’acteur réalise un film. Pour en savoir plus sur Vol de nuit pour Los Angeles, une vidéo s’impose (eh oui, Chaos est aussi sur TikTok)…
@chaosreignfr John Travolta a reçu une Palme d’or d’honneur surprise à Cannes. Mais on a moins parlé de son film, « Vol de nuit pour Los Angeles », son premier en tant que réalisateur. Que vaut-il ? L’avis de Gautier Roos dans la Chaos TV. #cannes2026 #film #JohnTravolta #Palme #cinephile #cinematok #cannesfilmfestival ♬ son original – CHAOS
On poursuit par les deux « gros films » de la journée en compétition. Tout d’abord, Sheep in the box. Troisième et dernier cinéaste japonais à entrer dans la compétition de cette 79ᵉ édition du Festival de Cannes, Hirokazu Kore-eda se place sans doute comme le plus familier de la Croisette, qui l’avait vu, en 2018, couronné d’une Palme d’Or pour son Affaire de famille. Justement… En parlant d’affaire de famille, il en est à nouveau question ici, puisque le metteur en scène approche le couple d’Otono et Kensuke, accueillant un jeune robot humanoïde pour remplacer Kakeru, leur enfant décédé. Si ce pitch évoque d’abord un épisode de Black Mirror, laissant rapidement imaginer quantité de questionnements philosophiques et craindre de pistes vaseuses autour de l’I.A., il n’en est finalement rien tant Kore-eda raccroche rapidement les wagons de récits et de thèmes qu’il connaît que trop bien. L’androïde n’est ici qu’un prétexte pour évoquer une aventure parentale toujours plus trouble, qui explore, toujours au travers de relations très douces-amères, la difficulté qu’est l’éducation d’un enfant, être malléable et fragile. Lire la critique.

Ensuite, L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen, qui sort simultanément en salles, tout comme un très raté film en compétition (Histoires parallèles, que tout le monde ou presque a déjà oublié). Adepte des instants suspendus dans le temps, Rodrigo Sorogoyen ne surprend pas franchement ici. Le dîner d’une vingtaine de minutes qui ouvre son nouveau long-métrage, pose les atours de la relation entre Esteban, réalisateur émérite, et sa fille abandonnée depuis treize ans, Emilia, à laquelle il offre alors le premier rôle de son nouveau long-métrage. Le ton est au non-dialogue, dressant le portrait progressif mais incisif d’une relation filiale toxique, faite de chaud et froid permanents, où toute éclaircie n’est que fugace. C’est alors en brouillant la temporalité de son récit, dans une certaine abstraction spatio-temporelle, que Sorogoyen instaure le doute et l’instabilité, pour un récit qui captive durablement tant son véritable centre de gravité demeure incertain. Le point de rupture atteint, son masque tombe, le révélant alors pleinement. Si le parallèle avec Valeur sentimentale de Joachim Trier saute aux yeux dès les prémices narratives, L’Être aimé creuse son sillon vers un portrait paternel nettement plus brutal et tranché. Lire la critique.

Direction la Quinzaine maintenant pour Shana de Lina Pinell qui, pour les professionnels de la profession, est ni plus ni moins que l’un des films français les plus attendus de l’année, mis en boîte par la cinéaste du Roi David (2021) et de Kiss and Cry (2017, co-réalisé avec Chloé Mahieu) et servi par une alléchante doublette Ecce/CG Films. Son petit nom, c’est donc Shana (une Eva Huault faisant du Eva Huault et présente à chaque plan) qui traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante, et le soutien non moins débordant de sa fidèle bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée faire la nique au karma et protéger du mauvais œil (précisons qu’elle évolue au sein d’une famille juive non pratiquante). Shana a bien besoin de ce coup de pouce, d’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon vraiment très toxique, les mésaventures s’accumulent… Curieux mélange entre du cinéma d’auteur bombé au 16 mm et un format sitcom percé de touches documentaires qui affleurait déjà dans Le Roi David, Shana impose d’emblée un étrange constat : l’image aux couleurs irradiées « passe bien » mais peine à imprimer la moindre atmosphère une fois finie la scène d’ouverture (une déroutante partie de loup-garou où pénètre un étrange chaos qui disparaît hélas par la suite). On a l’impression d’être dans un film de Virgil Vernier auquel on aurait retiré un peu de sa matière mystérieuse. Lire la critique.
Deux derniers mots avant de rempiler demain dans la joie, la bonne humeur et l’attente de films costauds (Hope de Na Hong-jin, t’es attendu comme le messie). Deux avis à chaud enregistrés en vidéo depuis la Croisette : le premier sur Colony, le film de zombies de Sang-Ho Yeon qui n’a pas convaincu Alex ; le second sur Paper Tiger, le nouveau James Gray en exclusivité mondiale de la mort à la sortie de la salle (mais vraiment, à la sortie !). Les deux sont à retrouver sur notre InstaChaos.



