Il faut accepter une chose désagréable avant d’entrer dans Paper Tiger : James Gray, l’artisan de La nuit nous appartient, Two Lovers et The Immigrant, autant de variations sur la mélancolie new-yorkaise et l’ambition fracassée que peu de cinéastes américains savent encore filmer. James Gray donc, vient de nous livrer sa propre fan-fiction. Un film qui ressemble à un Gray, qui se déguise en Gray, mais où le cœur ne bat plus tout à fait au bon endroit. Présenté cette année en compétition, comme l’un des deux seuls films américains en lice (détail qui dit assez sur la santé du cinéma américain ces temps-ci), Paper Tiger arrive avec toutes les bonnes intentions et repart en boitant.
Le pitch sent le déjà-vu jusqu’à l’écœurement : 1986, Queens, les frères Pearl. Irwin (Miles Teller) est un ingénieur tranquille marié à Hester (Scarlett Johansson), deux gosses adolescents. Gary (Adam Driver) est l’ex-flic charmeur reconverti en intermédiaire pour les nouveaux maîtres de la criminalité new-yorkaise, les Russes du Gowanus Canal qui viennent de virer la mafia italienne du business des déchets toxiques. Gary embarque Irwin dans la combine. Gary pour gérer la technicité environnementale du blanchiment, lui-même pour palabrer avec les Slaves. Tout va merveilleusement bien jusqu’à ce que tout aille très mal. Vous l’aviez deviné dès la bande-annonce. Vous l’aviez deviné dès l’affiche. Vous l’aviez deviné depuis La nuit nous appartient, dont Paper Tiger semble n’être qu’une mauvaise photocopie passée au filtre Instagram « nostalgia ».
Le problème majeur du film, c’est qu’il ne sait pas ce qu’il veut être. Polar new-yorkais brutaliste à la Sidney Lumet ? Tragédie familiale shakespearienne ? Étude de mœurs sur le capitalisme prédateur ? Gray coche les trois cases sans jamais en remplir aucune. Adam Driver fait le job, il est même franchement bien, retrouvant un magnétisme qu’on ne lui connaissait plus depuis Marriage Story, mais Miles Teller reste Miles Teller, c’est-à-dire un acteur qui fronce les sourcils en pensant que c’est une émotion. Scarlett Johansson est gâchée par un personnage d’épouse souffrante qui passe son temps à pleurer dans des couloirs mal éclairés. Désagréable impression qu’elle ne sert qu’à enterrer la dramaturgie quand le scénario ne sait plus où aller.
Restent quelques scènes, avec une esthétique et une photo soignées : une confrontation dans un entrepôt portuaire, un dîner familial qui dérape doucement, un dernier plan qui rachète vaguement la mauvaise heure précédente, pour rappeler qu’on a affaire à un grand cinéaste qui dort à moitié. Ce sera pour la prochaine fois.
1h 55min | Drame, Policier, ThrillerDe James Gray | Par James Gray Avec Adam Driver, Scarlett Johansson, Miles Teller |
1h 55min | Drame, Policier, Thriller

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