« Shana » de Lila Pinell à la Quinzaine à Cannes 2026 : curieux mélange entre du cinéma d’auteur bombé au 16 mm et du sitcom percé de touches documentaires

Pour les professionnels de la profession, Shana est ni plus ni moins que l’un des films français les plus attendus de l’année, mis en boîte par la cinéaste du Roi David (2021) et de Kiss and Cry (2017, co-réalisé avec Chloé Mahieu) et servi par une alléchante doublette Ecce/CG Films. Son petit nom, c’est donc Shana (une Eva Huault faisant du Eva Huault et présente à chaque plan) qui traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante, et le soutien non moins débordant de sa fidèle bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée faire la nique au karma et protéger du mauvais œil (précisons qu’elle évolue au sein d’une famille juive non pratiquante). Shana a bien besoin de ce coup de pouce, d’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon vraiment très toxique, les mésaventures s’accumulent…

Curieux mélange entre du cinéma d’auteur bombé au 16 mm et un format sitcom percé de touches documentaires qui affleurait déjà dans Le Roi David, Shana impose d’emblée un étrange constat : l’image aux couleurs irradiées « passe bien » mais peine à imprimer la moindre atmosphère une fois finie la scène d’ouverture (une déroutante partie de loup-garou où pénètre un étrange chaos qui disparaît hélas par la suite). On a l’impression d’être dans un film de Virgil Vernier auquel on aurait retiré un peu de sa matière mystérieuse, comme si l’image (pas désagréable au demeurant) avait perdu de son aspérité en cours de route. Cette forme quelque peu décharnée laisse malgré tout de la place pour d’autres atouts : Shana repose sur des qualités évidentes de dialogues, de personnages solidement troussés et de punchlines truculentes, parfois à tomber par terre. Reste qu’il y a quelque chose dans le film qui semble se refuser au décollage.

Le montage assez sibyllin semble plus juxtaposer des blocs les uns à la suite des autres que chercher une quelconque forme de narration cinéma : pas mal de choses sont étrangement esquissées et semblent avoir disparu du cut final (on pense à la piste initiée autour des dix plaies d’Égypte, ou à un dialogue sorti de nulle part sur le conflit israélo-palestinien, dont on peine un peu à comprendre comment il se connecte au reste du film). Quelque chose d’un peu réchauffé semble ici déjà poindre : on n’a pas vu Le Roi David (carton total de Clermont-Ferrand 2022 + prix Jean-Vigo du court 2021) mais on est à peu près certain que ce long-métrage tire sur la corde de ce court à succès, probablement trop obsédé par sa Eva chérie (symptôme récurrent au sein du jeune cinéma français, disons-le au passage). Manque un petit quelque chose derrière ce personnage atta-chiant pour qu’on soit nous aussi conquis…

17 juin 2026 en salle | 1h 20min | Drame
De Lila Pinell | Par Lila Pinell
Avec Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib

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