JEREMY FEL: «Possession, en un sens, pourrait être vu comme une des visions artistiques les plus radicales de l’enfer sur terre»
«Zulawski a toujours été pour moi un des grands cinéastes de la folie, de l’hystérie, de l’insoumission, de la colère. Avant de regarder n’importe lequel de ses films, on sait que l’on sera malmené, que rien n’y sera confortable, et que l’on souffrira au moins autant physiquement et mentalement que ses personnages. Zulawski n’épargnait pas grand-chose à son spectateur et représente pour moi à la perfection l’artiste jusqu’au-boutiste, toujours dans le combat, qu’il soit politique, esthétique ou métaphysique ; ce qui produit un cinéma extrême, qui nous fait grincer des dents, qui parfois déraille, mais qui souvent, aussi, nous foudroie par ses fulgurances.
Mon Zulawski préféré, c’est sans hésiter Possession, qui plane au-dessus de sa filmographie comme 2001 au-dessus de celle de Kubrick. C’est un des films les plus terrifiants que j’ai pu voir, constamment sous tension, saturé de visions saisissantes et qui plonge le spectateur captivé dans un malaise particulièrement prégnant. Ici grand cinéaste du chaos, Zulawski a réalisé un psychodrame où tout est hystérie, sauvagerie, terriblement pessimiste et formellement d’une beauté crépusculaire. Ce qu’il y dit sur le couple, sur le monde contemporain, où sur nos peurs les plus profondes est tout aussi effrayant que les monstres, visibles ou invisibles, qui le peuplent. Isabelle Adjani, schizophrénique en diable, furie au teint de fantôme, y trouve un de ses rôles les plus déments, ne serait-ce que pour la scène désormais mythique du métro. Possession, en un sens, pourrait être vu comme une des visions artistiques les plus radicales de l’enfer sur terre: ceux qui y entreront devront, là aussi, abandonner toute espérance.»

