PHILIPPE ROUYER: «Je n’ai jamais cessé de partager mon enthousiasme pour ce cinéaste qui me manque déjà.»
«Depuis ma découverte adolescent, en salles et en douce, de L’Important c’est d’aimer (alors interdit aux mineurs), Andrzej Zulawski s’est imposé comme un de mes cinéastes préférés. Plus tard, le choc de Possession m’a conforté dans mon envie de voir tous ses autres films. Mais impossible alors de visionner La Troisième partie de la nuit, son premier long métrage tourné en Pologne et défendu à sa sortie en France en 1973 sur une dizaine de pages par ma chère revue Positif. Il a fallu attendre 1989 et Mes nuits sont plus belles que vos jours pour que j’aie enfin l’opportunité de commencer à défendre son cinéma dans mes textes. Entre-temps j’avais découvert l’homme et son extraordinaire talent de conteur à l’occasion d’un entretien explosif où il m’avait raconté (entre autres surprises) les scènes coupées de L’important c’est d’aimer. Depuis, j’ai pu enfin savourer ses films polonais (édités en DVD en France par Malavida) et, jusqu’à Cosmos, je n’ai jamais cessé de partager mon enthousiasme pour ce cinéaste qui me manque.
Sa maîtrise totale de l’art du cinéma lui permettait de filmer l’indicible: le cœur brûlant de la passion amoureuse, mais aussi les multiples incarnations du Mal qui détruisent l’innocence (échos aux traumatismes de sa jeunesse polonaise qu’il affirmait n’avoir aucunement romancée dans La Troisième partie de la nuit). Avec une telle ambition, ses films ne risquaient pas l’académisme. Heurtés, violents, hystériques parfois, mais aussi drôles, intelligents et bouleversants, ils faisaient chavirer tous les sens des spectateurs sensibles à sa poésie. De tous ses merveilleux films, difficile de n’en garder qu’un. Ce sera donc Possession, le plus flamboyant et le plus apocalyptique! Avec une Adjani sublime justement primée à Cannes. Et une des scènes de copulation la plus chaos jamais vue sur un écran.»

