« Undertone » : la mécanique (trop) experte du premier film de Ian Tuason nous emmène pour un tour

Précédé par une solide réputation glanée au gré des festivals (Fantasia en 2025, puis Sundance cette année) et habilement façonnée par le désormais fameux marketing A24, le premier film de Ian Tuason jouit (ou souffre) de cette expectative à double tranchant : qu’on cherche, d’un côté, à confirmer par un enthousiasme un peu forcé, mais qui rend la déception plus amère de l’autre. Cela fait des mois que le projet est flanqué des mêmes hyperboles qui auréolaient les sorties de Skinamarink (Kyle Edward Ball, 2022) et autres Longlegs (Ozgood Perkins, 2024), avec des résultats plus ou moins mitigés que l’on connaît. C’est donc en redoutant un nouveau pétard mouillé, mais néanmoins chatouillée par la hype, que j’ai moi aussi scruté l’horizon dans l’attente fébrile d’Undertone.

Le film s’ouvre sur une série de gros plans : artefacts religieux et clichés représentant le personnage principal, Evy, durant son enfance, que cette dernière accompagne d’une berceuse fredonnée. La jeune femme a récemment réinvesti le domicile familial afin de veiller sa mère, alitée et catatonique, jusqu’à son dernier souffle. Insomnies ou décalage horaire, il se trouve qu’Evy enregistre, à des heures indues, un podcast d’affaires étranges avec Justin (Adam DiMarco, décidément abonné aux rôles de ravi de la crèche), un ami d’enfance gentil, bien qu’un peu nigaud, dont la crédulité contrebalance au micro le scepticisme opiniâtre de sa coanimatrice. Ces rendez-vous nocturnes rythment un quotidien bien terne qui, à mesure que le film avance, s’efface jusqu’à nous confiner, spectateurs captifs, à ces « witching hours » liminales que le duo consacre à l’écoute d’étranges fichiers audio.

Couplés aux lents panoramiques balayant la pièce, les enregistrements, qui retracent les bavardages et autres errances somnambuliques d’une jeune femme rapportées par son conjoint inquiet, témoignent de l’influence omniprésente de Paranormal Activity (Tuason se serait d’ailleurs vu confier la réalisation d’un huitième opus). Tels une galerie des glaces aveugle, ces « found audio » se mettent bientôt à singer la réalité du personnage, qui se délite jusqu’à se (con)fondre entièrement dans ce récit parallèle.

C’est indéniable : la puissance évocatrice et la portée horrifique du son (presque) seul atteignent ici leur plein potentiel. Undertone déploie un paysage sonore texturé, soigneusement spatialisé, autour de la scène statique que constitue l’interminable veillée funèbre de ce corps mourant, dispositif hautement uncanny qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le lugubre The Dark and the Wicked (Bryan Bertino, 2020), cruellement sous-estimé, selon une mécanique experte. Trop experte peut-être : faute de parvenir à s’enraciner dans un assortiment de thèmes qui, à peine esquissés, s’entrechoquent comme des billes dans une paire de maracas, l’effroi que cette mécanique suscite échoue à transcender les limites de l’expérience sensorielle immédiate. Ça tourne bien sous le capot, mais ce véhicule ne nous emmène nulle part. Ou plutôt – et c’est là une analogie que le film, ne serait-ce que dans son plan-séquence final, assume sans rougir – Undertone, à la manière d’un train fantôme de fête foraine, nous ramène exactement là d’où il est parti.

1h 33min | Epouvante-horreur
De Ian Tuason | Par Ian Tuason
Avec Nina Kiri, Michelle Duquet, Keana Lyn Bastidas

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