GAUTIER ROOS
Uncut Gems des frères Safdie
Respectant l’adage selon lequel les Safdie Bros ne déçoivent jamais, voilà un diamant brut débraillé, assourdissant, propulsant, comme Spring Breakers, la vulgarité de l’époque dans un trip esthétique. Un grand film sur la débauche et la dépenaille stéroïdée, version actualisée du Casino de Scorsese, où les anti-héros ont pris le pouvoir. Éminemment (et évidemment) chaos.
Énorme de Sophie Letourneur
Voilà ce qui se passe quand une cinéaste tient tête aux professionnels de la profession qui la somment de faire rentrer son film dans un tiroir à angle droits (avec un polichinelle dedans, mouhaha): un film libre, étrange, majestueux, glauque par moment et pas toujours bien élevé, qui n’a pas besoin d’affirmer toutes les trois lignes dans le dossier de presse «qu’il bouscule les clichés» pour effectuer sa petite entreprise de déminage. Puissent Jonathan Cohen et Marina Foïs trouver d’autres cinéastes qui exploitent à ce point leur verve et leur mine parfois déconfite! Bravoooo Sophie.
Je veux juste en finir de Charlie Kaufman
C’est aussi brillant qu’énervant, aussi névrotiquement maîtrisé que franchement inconfortable, j’en suis bien conscient. Et pourtant, ces essuie-glaces qui ne s’arrêtent jamais m’ont rendu totalement gaga. L’horreur de la belle-famille, oui d’accord, mais le vrai sujet du film est pour moi la vie de couple avec une personne moyenne, médiane, mitoyenne et autres adjectifs en M dont vous percevez bien la médiocrité originelle… Deux films Netflix dans un top 5, et cela sans l’aide de David Fincher: comment ça, il se passe quelque chose dans la distribution du cinéma mondial?
La Nuée de Just Philippot
Oui, une telle unanimité critique risque de faire quelques déçus en janvier prochain, mais on persiste et signe: l’année est déjà assez tristoune comme ça pour jouer les fines bouches timorées, la paluche droite sur le frein à main. Qu’on se le dise, La Nuée est un grand film, choc à la croisée des genres qui ne constitue pas seulement une énième tentative d’horreur à la française, mais qui s’affirme plutôt comme un proche cousin agricole de Take Shelter (c’est dire la subtilité folle du film). C’est donc maintenant qu’il faut en profiter : devenu une valeur sûre des festivals, avec tout ce que cela peut engendrer de périlleux, Jeff Nichols n’a jamais fait aussi bien par la suite… Chaos conquis!
À l’abordage de Guillaume Brac
Comme on n’est pas sûr que le film obtienne une sortie salle, on se doit de vous donner des nouvelles de Guillaume Brac, remonté au sommet du cinéma français avec un film estival d’une élégance folle, sorte de ragazzi movie trempé dans la France du 21e siècle. Le tout dans un style très libre qui convoque (encore une fois!) les figures de Rohmer et Rozier: dans cette petite colonie de vacances piquant la tente dans la Drôme, des personnages secondaires s’inventent une place dans le cadre pour prendre le relais des principaux, d’autres quittent l’intrigue pour vaquer à leurs besognes, et le spectateur assiste à ce libre va-et-vient en ruminant dans sa tête un: «Purée, qu’est-ce que c’était bien, la vie avant la pandémie!». Garanti sans masque ni gel hydroalcoolique.

