ROMAIN LE VERN

The Third Day: Autumn / The Third Day de Dennis Kelly et Felix Barrett
Samedi 3 octobre 2020. L’éblouissement. L’épiphanie. 12 heures où nous avons été captifs, les yeux noyés dans des plans et des décors sublimes. Au-delà de sa simple fonction (un lien entre les deux parties de la formidable série The Third Day), The Third Day: Autumn est l’illustration d’une belle, grande et noble définition de l’art qui se doit d’être exigeant mais aussi d’être accessible à tous. La première heure, c’est du Bela Tarr sur Facebook, c’est du Gerry quand la caméra emprunte façon Facebook live direction l’enfer l’interminable jetée menant à l’île. Puis, nos repères chaos aimeraient bien situer ce que l’on regarde entre Ari Aster, Peter Greenaway, Julie Taymor et même le Lars de Dogville mais à bien regarder, ce qui se passe ne ressemble à rien de connu. Une hallucination collective aux allures de chef-d’oeuvre terminal.

Uncut Gems des Safdie bros
Les Safdie ont fait un saut qualitatif monumental avec Uncut Gems. Parce qu’il se passe bien un truc fou, autre, sauvagement chaos. Un film plein comme on dit, aux nombreux détours, en mouvement perpétuel, dont la toute-puissance donne l’impression au spectateur lessivé, heureux comme moins, d’avoir littéralement mis les doigts dans une prise pendant deux heures quinze. Et qui, chaos suprême, commence de façon fulgurante dans la chaleur étouffante d’une mine diamantifère éthiopienne (loin de New York donc) et qui s’achève en apothéose dans un trip intergalactique, dans les entrailles d’une pierre précieuse multicolore, avec un somptueux morceau mélancolico-eurodance de Gigi d’Agostino!

Playdurizm de Gem Degler
Quand tout sera revenu à la normale (un jour, peut-être), il faudra surveiller avec la plus grande attention Playdurizm, premier film du réalisateur-acteur Gem Deger (23 ans), histoire d’un post-adolescent évoluant dans un univers parallèle avec la star de ses rêves pour fuir une réalité horrible. Dans son écrin d’univers parallèles et de paradis artificiels hyper-ludique, hyper-stylisé, hyper-musical, hyper-sensoriel, Playdurizm parle de ce qui anéantit et de ce qui sauve, de traumatisme et de résilience, et peut-être bien aussi d’un monde où l’on ne peut être libre intellectuellement, sexuellement, moralement. Derrière le glam et le fluo, une noirceur qui vous absorbe. Loin de se révéler entièrement au premier coup d’oeil, c’est un premier film hallucinant, d’une grande maturité, qui à chaque visionnage se regarde différemment.

Je veux juste en finir de Charlie Kaufman
Un homme emmène sa petite amie pour lui présenter ses parents. Une épreuve transformée ici en sommet de malaise et de surréalisme. Charlie Kaufman signe un vrai film d’horreur intime jouant avec le temps qui duuuuurreee, qui passsssseeee, qui couuuurrrrrttt. Rien de mieux pour communiquer d’une part la trouille de l’inconnu (mais où fout-on les pieds?) et d’autre part ce sentiment de revivre à vie un très long dimanche de fin d’après-midi cafardeux chez des parents zombies qui vieillissent à vue d’oeil. On a le droit de trouver ça archi-complaisant; on peut aussi être ravi d’un tel inconfort. L’effet majeur est une fascination constante. Le film, profondément bizarre et impossible à ranger dans une catégorie sur Netflix (incompatible avec les zones grises), creuse la rouille intime; il est passé sous le radar en septembre lors de sa diffusion (presque planquée) sur Netflix. Raison de plus pour le regarder, sa tristesse ne s’oublie pas.

Ema de Pablo Larrain
C’est un film qui brûle tout sur son passage. Le portrait d’une jeune femme en feu. Iconoclaste et anti-normes (donc totalement dans l’air du temps), Ema est rentre-dedans comme on aime. Mais, et c’est la deuxième surprise, c’est aussi et surtout un film particulièrement agréable à l’œil: tous le monde est beau, les corps bougent en rythme, le désir circule partout, au-dedans, au-dehors. Sensation très bizarre d’un film à la fois très accueillant, tout en couleurs chaudes, et, en même temps, très cruel, tout en vérités froides. Découverte d’une actrice démente: Mariana Di Girolamo/Ema.

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