NOS FILMS PRÉFÉRÉS DE 2020

MORGAN BIZET

Hotel By The River / La Femme qui s’est enfuie de Hong Sang-soo
Deux films de Hong Sang-soo sont sortis en 2020. Deux films magnifiques qui poursuivent ce qui est peut-être l’œuvre cinématographique la plus importante de son temps, en tout cas la plus humaine, la plus émouvante et la plus inventive malgré le minimalisme de la mise en scène, quasi effacée, du maître coréen. Kim Min-hee est, comme d’habitude, exceptionnelle. Son rejet par l’industrie coréenne, du fait de sa relation adultère avec Hong Sang-soo, est une cruelle injustice, qui, on espère, prendra prochainement fin. Pour le moment, son compagnon filme magistralement son errance mélancolique dans un pays dont elle semble étrangère. Grandiose.

Curb Your Enthusiasm Saison 10 
Peut-on encore rire de tout en 2020? Larry David vous dira que oui. Il est en tout cas un des derniers partisans de cet humour qui se joue de tout, politiquement incorrect, foncièrement punk. La dixième saison, longtemps attendue, de sa savoureuse autofiction Curb Your Enthusiasm ne déroge pas à la règle et dézingue l’Amérique de Trump et #MeToo avec une inventivité folle et sans égale depuis la disparition des radars de Louis C.K.

Uncut Gems des Safdie bros
Nouveau coup d’éclat des frères Safdie, Uncut Gems prolonge la veine du thriller survolté explorée dans le déjà excellent Good Time. Si on retrouve à la musique le virtuose Oneohtrix Point Never, Pattinson cède sa place à un Adam Sandler transcendé, qui trouve là son meilleur rôle depuis Punch Drunk Love. Un shot d’adrénaline vertigineux renouant avec les grandes heures du Nouvel Hollywood (Friedkin, Scorsese, Lumet) dont on ressort retourné, lessivé, sens dessus-dessous.

Kongo de Hadrien La Vapeur & Corto Vaclav
Documentaire hallucinant d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, dont c’est le premier film, Kongo est le fascinant portrait d’un désenvouteur de Brazzaville accusé de magie noire. Les deux cinéastes nous plongent dans un monde où l’ontologie du réel est sans cesse remise en question par une présence du surnaturelle, qui en serait le reflet légèrement déformé. Un art poétique du documentaire qui rappelle les grandes œuvres de Werner Herzog.

Sortilege de Ala Eddine Slim
Quatrième film du réalisateur tunisien Ala Eddine Slim, Sortilège est une consécration. Le fantastique inouï et primitif de son cinéma quasiment muet brise les schémas classiques du genre. Sortilège convoque Bresson, Chaplin, Jodorowsky et Weerasethakul pour une expérience cinématographique hors du commun.

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