POUR
Ce film s’inspire d’une histoire vraie (et apparemment notoire au Danemark), pour raconter le parcours fictif de Karoline, jeune ouvrière dans une fabrique de textile à la fin de la 1ʳᵉ Guerre Mondiale. Sans nouvelles de son mari parti à la guerre, elle a du mal à joindre les deux bouts. Son patron la protège, en échange de faveurs sexuelles, et lui promet de l’épouser lorsqu’elle tombe enceinte de lui. Comme la famille du patron ne l’accepte pas, Karoline ne veut pas garder l’enfant et le confie à une femme qui l’a aidée précédemment. C’est le début d’une série de révélations cruelles, mais vieilles comme le monde, sur les différences entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien. Sans dévoiler le sujet, que découvre progressivement l’ingénue alors qu’elle perd une à une toutes ses illusions, on peut dire qu’il est suffisamment fort pour déclencher des polémiques (qui n’ont pas manqué d’éclater à Cannes). Pour autant, le film est traité d’une façon directe et émouvante, avec la simplicité d’une fable qui cherche à montrer que, passé un certain degré de dénuement, on n’a plus le choix. G.D.
CONTRE
Le film, techniquement très abouti, est à son meilleur quand il fait tendre le drame historique vers le conte de fées, et dessine, dans la société danoise du début du XXᵉ siècle, quelques figures de monstres troublantes : une gueule cassée de la Grande Guerre devient un freak de cirque terrifiant, une entremetteuse d’enfants tour à tour ogresse et sorcière. C’est que Magnus von Horn est un cinéaste qui fait montre d’une vraie envie de faire du cinéma chaos (le film s’ouvre sur un montage de visages déformés et hurlant), avec pour projet d’interroger la confrontation à l’horreur. Traversé par la figure de l’œil voyant, le film ne semble faire de ce sujet qu’un prétexte pour une démonstration de style. Nappant toutes ces scènes d’une musique expérimentale grinçante, le petit carnaval de l’horreur de von Horn tourne rapidement en rond, à mesure qu’il entraîne son personnage principal sur un chemin de croix interminable, un maelstrom de déchéance humaine qu’on ne peut que finir par trouver bien complaisant. Et quand une belle scène finale vient essayer d’apporter un peu de sentiments à un film qui en est totalement dénué – c’est peut-être ce qui le différencie de La Femme de Tchaïkovski, film jumeau qui avait au moins l’intelligence de miser sur une approche gothique des émotions de son personnage principale –, le spectateur se trouve trop assommé par le petit exercice auteuriste auquel il vient d’être soumis pour laisser son petit cœur s’ouvrir. T.R.



