Publié en février 2013 sur la mixtape Kaytra Todo, Hot Jazzybelle condense déjà l’essentiel du langage musical de Kaytranada (groove décentré, rythmiques héritées du hip-hop, sensualité empruntée à la house et au R&B), dont on a déjà parlé sur ce site. À cette époque, le producteur montréalais affine encore une signature qui le mènera à 99.9% (2016), mais le morceau, avec son très plaisant petit loop jazz, possède déjà une identité immédiatement reconnaissable. Chaque son paraît légèrement décalé, sans jamais compromettre la fluidité de l’ensemble. Le résultat tient autant du beat instrumental que de la musique de club, avec une souplesse qui refuse la rigidité de nombreuses productions électroniques.
La batterie possède une élasticité caractéristique, avec une pulsation qui semble constamment se retenir de tomber exactement là où on l’attend. Les textures soul et jazz suggérées par le titre participent à cette impression de chaleur, tandis que le traitement électronique maintient le morceau dans une esthétique contemporaine. Kaytranada travaille ici en beatmaker autant qu’en producteur de musique dansante, avec une attention portée aux détails qui rappelle l’importance du hip-hop instrumental dans son approche. L’un des intérêts de Hot Jazzybelle réside aussi dans son rapport au jazz, notamment à On Green Dolphin Street, standard popularisé par des interprétations comme celle de John Coltrane. L’histoire du morceau se prolonge en 2017, lorsque Kaytranada en réutilise la base pour Sweet F’n Love, une collaboration avec Alicia Keys. Nouvelle réinvention : Kaytranada transforme ainsi son instrumental en un espace dense, traversé par les rythmes house et des sonorités souples, tout en laissant à Alicia Keys une place centrale. De la musique plus sur le mouvement que sur la démonstration et ça, on aime.


