Culte des années 90 : Buckshot LeFonque – « Music Evolution »

Avec Music Evolution, Buckshot LeFonque souhaite mettre en musique la rencontre entre le jazz et le hip-hop et grand bien lui fasse. Paru en 1997 sur le deuxième album éponyme du collectif de Branford Marsalis, le morceau figure parmi les titres qui incarnent le plus directement le projet du saxophoniste. La composition est créditée à Branford Marsalis et Ricky DaCosta, connu sous les noms de 50 Styles et The Unknown Soldier. Le morceau s’appuie sur une rythmique hip-hop qui donne toute sa place au rap, tandis que l’univers instrumental de Marsalis inscrit le titre dans une histoire plus large du jazz. Loin d’une simple juxtaposition de styles, Music Evolution prend réellement, et littéralement, pour sujet cette rencontre elle-même : comment faire coexister des pratiques musicales différentes, et ce qui relie le rap aux formes qui l’ont précédé. DJ Premier a par ailleurs réalisé un remix distinct du morceau, accompagné d’une version instrumentale, prolongeant ainsi son inscription dans la culture hip-hop.

Les paroles dessinent une histoire de la musique noire américaine à travers plusieurs figures et courants majeurs. Louis Armstrong, surnommé « Satchmo », le bebop et le scat sont évoqués comme autant de jalons dans l’évolution du jazz. Ces références ne sont pas anodines : Armstrong a contribué à faire du solo improvisé un élément central du jazz moderne, le bebop a bouleversé le langage harmonique et rythmique dans les années 1940, le scat a consacré la voix comme instrument d’improvisation. Le morceau rapproche cet héritage des pratiques du rap, fondées notamment sur le rythme, la diction, le jeu avec les mots et la réappropriation de matériaux musicaux existants. Son propos s’inscrit ainsi dans une histoire où les innovations d’une génération deviennent les références, parfois contestées, de la suivante. Le titre lui-même, Music Evolution, résume cette perspective : la musique se transforme au fil des artistes qui la reprennent et la réinventent.

Depuis la fin des années 1980, de nombreux producteurs de rap puisent dans les catalogues de jazz pour construire leurs instrumentaux à partir de samples, au moment où plusieurs musiciens de jazz s’intéressent aux possibilités rythmiques et esthétiques du hip-hop. Le projet Jazzmatazz, lancé par Guru en 1993, constitue l’un des exemples les plus connus de ce rapprochement, en réunissant rappeurs et instrumentistes de jazz sur un même disque. Branford Marsalis explore cette voie complémentaire avec Buckshot LeFonque. Sur ce titre précisément, le rap y occupe une place centrale et les références au jazz donnent au propos une profondeur historique explicite. Une démarche qui correspond pleinement à l’ambition générale de Buckshot LeFonque, dont le nom fait référence à un pseudonyme utilisé par Cannonball Adderley, autre saxophoniste associé à l’histoire du jazz.

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