[CANNES 2026] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 1

CANNES, JOUR 1 – Le film d’ouverture ronronnant du 79ᵉ festival de Cannes (La Vénus électrique de Pierre Salvadori), un film mignon à la Semaine (In Waves de Phuong Mai Nguyen), les deux premiers films de la compétition passent un peu sous le radar (Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada et La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet)…

Voilà un bon moment que Cannes n’a pas offert de film d’ouverture s’aventurant au-delà de la politesse, ne laissant que le petit choc chaos d’Annette en 2021 pour remuer un lot de propositions éminemment sages. Ouvrant la 79ᵉ édition avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori, quoique lancé sur les traces d’amours tortueuses et de jeux de dupes quasi noirs, ne vient malheureusement que perpétuer la plate tradition. Visiblement mis en œuvre selon des moyens conséquents, La Vénus électrique n’apparaît jamais formellement désagréable tant l’élégance de sa direction artistique d’époque le jalonne de vignettes et décors a minima stimulants. Là où le bât blesse malheureusement, c’est que ces vignettes, qu’il s’agisse d’instants champêtres à la sublime photographie aux frontières de l’impressionnisme ou de quelques plans d’une poésie presque surréaliste, se révèlent n’être que des affèteries placées au-devant d’une mise en scène perpétuellement sur des rails. Notre critique ici.

On est un peu plus emballé par le film en ouverture de la Semaine : In Waves, premier long-métrage de la cinéaste franco-vietnamienne Phuong Mai Nguyen adaptant la bande dessinée éponyme. Un récit d’amour adolescent, entre apprentissage du surf et combat contre la maladie, sans toujours éviter certains écueils du genre, mais véritable vague d’émotion idéale pour ouvrir les festivités de la plus jolie des manières. Notre critique ici.

Deux mots sur les deux premiers films en compétition. Tout d’abord, Quelques jours à Nagi. Habitué à arpenter les sections parallèles du festival autant que les propositions variées en genres et en tons, voilà que Koji Fukada débarque au sein de la Compétition de cette 79ᵉ édition. Le cinéaste y raconte la relation toute en retenue de deux femmes : Yuri, architecte divorcée, et Yoriko, sculptrice à laquelle elle rend visite dans le petit village de Nagi. Le film, en s’ouvrant sur la ruralité solaire de ces lieux a priori quotidiens, invite à suivre un rythme aussi posé qu’exigeant : celui qui impose de prendre le temps, celui qui sculpte progressivement les êtres et leurs discussions. La lenteur en jeu se révèle alors des plus paradoxales, puisqu’elle esquive l’ennui grâce au portrait plus qu’attachant qui se tisse autour de ces personnages, dans un cocon accueillant, mais contraignant le spectateur à suivre un programme déroulé sans éclat tant la retenue demeure constante. À accorder tous ses effets en mode mineur, Fukada tend toutefois à aplanir les choses. Notre critique ici.

Puis, La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet. La compétition se poursuit assez mollement avec un film dont on espérait qu’il prolonge les belles choses aperçues chez la cinéaste ces dernières années (jeu autour du langage, des quiproquos et de la logorrhée : bref, tout ce qui fait le sel de Pauline asservie et des Amours d’Anaïs). À la place de ça, un film certes pas nul, mais franchement pas bon non plus : disons qu’on est sur quelque chose d’éminemment standard, convoquant un ronron bien connu quand vient l’heure de l’attendu second long-métrage français. Du « jamais foncièrement désagréable », auquel on a envie d’adjoindre direct un « mais un brin laborieux ». La figure utilisée ici ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à une figure imposée : entre deux couloirs d’une sérieuse institution, la caméra suit le pas décidé de deux travailleurs pressés de nous dérouler l’intrigue par un échange d’expéditives missives… On voit ça chaque mercredi ou presque. Nous voilà donc plongés au cœur d’un hôpital public avec sa cadence très appuyée et Léa Drucker incarne une quinqua cheffe du service chirurgie, spécialisée dans le visage humain, qui a tout de la super-héroïne du quotidien : elle doit s’occuper de ses patients, des ados de son mec Charles Berling, de sa mère (Marie-Christine Barrault) en proie à la maladie restée dans le Sud. Bref c’est un personnage qui ne s’arrête jamais et doit tout porter sur ses épaules, comme si la Demoustier des Amours d’Anaïs fusionnait avec les Lindon movie de Stéphane Brizé ou la task-list notariale d’un film d’Assayas (ce qui fait beaucoup pour un seul et même personnage)… En over-maîtrise permanente – son choix de ne pas avoir d’enfants semble s’inscrire dans ce désir de liberté pleinement revendiqué –  elle ne laisse que peu de place à l’imprévu, à moins qu’une rencontre avec une romancière passant du temps dans son service ne vienne rebattre les cartes… Le récit est éparpillé en 12 chapitres censés apporter variations et fluctuations : ces tableaux annoncent de façon un brin programmatique 12 facettes d’un même personnage (et le spectateur encore un peu frais de s’interroger : n’est-ce pas le sel de tout bon personnage que d’avoir plusieurs facettes ? Quand même un peu, non !?) Nul doute qu’avec les autres gros morceaux français – Mysius, Marre et Harari se sont tous décidés à lâcher les chevaux – cette montée en officielle risque de laisser un peu sur le côté… Une belle idée du film cependant : ne pas laisser aux seuls parents le rôle de super-héros du quotidien, et rappeler qu’en dépit de leurs cernes couleur hazelnut, ils n’ont pas le monopole du warriorisme… Notre Palmomètre nage dans ces mêmes eaux dubitatives.

Enfin, on a rencontré Anna Mouglalis et Thomas Jolly, qui président cette année le jury de la Queer Palm et qui nous donnent leurs films-chaos queer à redécouvrir. On spoile : Born in flames de Lizzie Borden (1983) pour Anna ; Party Monster de Fenton Bailey et Randy Barbato (2003) pour Thomas.

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