« Quelques jours à Nagi » de Kōji Fukada en compétition à Cannes 2026 : entre retenue mélancolique et lenteur sculptée

Habitué à arpenter les sections parallèles du festival autant que les propositions variées en genres et en tons, voilà que Koji Fukada débarque au sein de la Compétition de cette 79ᵉ édition. Le cinéaste y raconte la relation toute en retenue de deux femmes : Yuri, architecte divorcée, et Yoriko, sculptrice à laquelle elle rend visite dans le petit village de Nagi. Le film, en s’ouvrant sur la ruralité solaire de ces lieux a priori quotidiens, invite à suivre un rythme aussi posé qu’exigeant : celui qui impose de prendre le temps, celui qui sculpte progressivement les êtres et leurs discussions. La lenteur en jeu se révèle alors des plus paradoxales, puisqu’elle esquive l’ennui grâce au portrait plus qu’attachant qui se tisse autour de ces personnages, dans un cocon accueillant, mais contraignant le spectateur à suivre un programme déroulé sans éclat tant la retenue demeure constante. À accorder tous ses effets en mode mineur, Fukada tend toutefois à aplanir les choses.

Il en va de même pour son geste formel, prenant le parti d’une mise en scène très enlevée, qui observe d’intimes discussions se dérouler sans broncher, sans mouvement d’appareil plus élaboré qu’un banal suivi. La discrétion touchante est bien là, relevée d’interprétations tout en retenue, mais elle tend malheureusement à figer l’ensemble. Se joue pourtant, dans cette retenue, une fracture mélancolique des plus attachantes du point de vue narratif, les trajectoires de construction et de reconstruction se mêlant dans un récit certes trop long, mais ô combien juste dans son regard sur la question la plus simple qui soit : comment être au monde ? En dessinant symboliquement les contours d’un Japon traditionaliste étriqué, le cinéaste explore, par le biais de quelques pistes queer, ces existences empêchées, en perpétuelle fuite face à toute forme de fixité. Sculpter, comme regarder, c’est décider de s’inscrire soi-même dans le temps, se revendiquer et fuir le monde vers des bulles intimes qui, paradoxalement, ne nous figent jamais.

7 octobre 2026 en salle | 1h 50min | Drame
De Kôji Fukada | Par Kôji Fukada
Avec Takako Matsu, Shizuka Ishibashi, Kenichi Matsuyama
Titre original Nagi Notes

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