Paris, 1928. Antoine Balestro (Pio Marmai), jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand (Gilles Lellouche), son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne (Anaïs Demoustier), une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…
Voilà un bon moment que Cannes n’a pas offert de film d’ouverture s’aventurant au-delà de la politesse, ne laissant que le petit choc chaos d’Annette en 2021 pour remuer un lot de propositions éminemment sages. Ouvrant la 79ᵉ édition avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori, quoique lancé sur les traces d’amours tortueuses et de jeux de dupes quasi noirs, ne vient malheureusement que perpétuer la plate tradition.
Visiblement mis en œuvre selon des moyens conséquents, La Vénus électrique n’apparaît jamais formellement désagréable tant l’élégance de sa direction artistique d’époque le jalonne de vignettes et décors a minima stimulants. Là où le bât blesse malheureusement, c’est que ces vignettes, qu’il s’agisse d’instants champêtres à la sublime photographie aux frontières de l’impressionnisme ou de quelques plans d’une poésie presque surréaliste, se révèlent n’être que des affèteries placées au-devant d’une mise en scène perpétuellement sur des rails.
Outre un montage régulièrement inattentif et brouillon, c’est bien le manque d’énergie global du long-métrage qui ennuie rapidement et peine à emporter des personnages aux interprètes certes naturellement attachants, mais bien vite limités. La drôlerie jaillit çà et là au fil de décalages et ruptures comiques bien senties, mais qui dévissent souvent, s’étirent ou en font trop, glissant vers une théâtralité freinant cette énergie naturelle. Engoncé dans une diction d’époque très empesée autant que dans un personnage trop guignolesque pour le ton général du film, Gilles Lellouche se hisse sans grand mal comme exemple parfait d’un geste général maladroit, qui finit toujours par estomper ses bonnes idées.
C’est d’autant plus dommage que le choix d’un récit construit entre deux temporalités tend à y tisser un regard touchant sur ces amours contrariées, où l’on fait « comme on peut », malgré la tristesse apparente qui engloutit tout, pour se fondre dans le réconfort d’une idylle. Annoncée dès ses premiers plans, la question des amours troubles traverse alors le long-métrage de part en part. Facticité, mensonge et sentiments réels ne cessent alors de se contaminer dans un geste aussi riche que lourdement confus. C’est lorsque la joliesse naïve d’un amour presque adolescent se confond avec la toxicité la plus totale que le tout gratte, gêne, jusqu’à rendre caduque une bonne partie de sa construction émotionnelle et à achever une proposition fort décevante.
12 mai 2026 en salle | 2h 02min | Comédie, RomanceDe Pierre Salvadori | Par Pierre Salvadori, Benoît Graffin Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche |
12 mai 2026 en salle | 2h 02min | Comédie, Romance

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