« The Hunt of Meral O. », « Mikado », « Julie se tait »… Chaos au Festival d’Arras!

Nous sommes très en retard dans notre traditionnel bilan arrageois? Pas grave: voici les films qui sortent prochainement en France et que nous avons eu la chance de goûter sur place, du moins quand notre estomac déjà bien encombré par des welsh (cheddar extra) nous ont laissé un peu de place…

Jouer avec le feu de Delphine et Muriel Cousin (déjà au cinéma)
Après les frères Boukherma et les Larrieu Bros, c’est décidément la saison des best-sellers adaptés sur grand écran par des fratries, puisque ce nouveau Vincent Lindon movie est la transposition du mutliprimé Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (2020). Caténairiste droit dans ses bottes, le Vincent en question est un père admiré par ses enfants (après eux?) Benjamin Voisin et Stefan Crepon, d’autant plus que leur mère est décédée il y a un petit moment et que les figures féminines ne sont pas légion dans le bassin lorrain. Alors que le second cité a la chance d’intégrer la Sorbonne à la rentrée, le premier, BUT métallurgie pour seul capital, se met à fréquenter un groupe d’extrême droite. Ce qui n’est pas vraiment la came – attention pas spoiler du tout – du père Lindon… Un bien étrange film qui fonctionne sur l’exact opposé de ce que le cinéma social à la française nous propose d’habitude: si le portrait des mouvances extrêmes résonne un peu toc, tout comme ces ouvriers du rail qui semblent réciter trop scolairement leur Stéphane Brizé (on préfère voir Arnaud Rebotini mixer à nos soirées, disons-le tout de go), le drame familial qui voit les deux fils s’éloigner du bercail paternel est lui fort réussi, avec un Benji Voisin absolument dé-men-tiel. De quoi nous rabibocher avec les deux sœurs, tant nous avions peu aimé leur Voir du pays (au bout de l’ennui) en 2016.

Julie se tait (Julie keeps quiet) de Leonardo Van Dijl (sortie le 29 janvier)
Une star montante du tennis, ne jurant que par son brillant début de carrière, voit sa carrière chamboulée quand l’entraîneur qui pourrait la propulser vers les sommets est suspendu suite à des accusations « d’abus » (comme notre éducation religieuse nous fait dire pudiquement). Alors que tous les joueurs du club sont encouragés à partager leur histoire et participer au grand déballage, notre héroïne décide de garder le silence… Julie en 12 silences ou Challengers, la suite: appelez ce film co-produit par les Dardenne, Florian Zeller et la joueuse Naomi Osaka comme vous voulez, mais prêtez-y une certaine attention. Le mutisme y est aussi montré, et c’est plutôt habile, comme une façon de reprendre le pouvoir. Très soyeusement mis en scène, le film a aussi, il est vrai, une dimension un brin répétitive qui peut provoquer le même émoi qu’un 3ᵉ set entre un Français et un Italien à Roland: un ennui poli, qui survient aussi vite qu’il ne se dissipe. L’un des films les plus plébiscités de la dernière Semaine de la critique.

L’attachement de Carine Tardieu (19 février)
Présenté en Orizzonti à Venise 2024, le nouveau Carine Tardieu traîne depuis une très flatteuse réputation. Faut dire que Valeria Bruni-Tedeschi y abandonne pour une fois son rôle de grande névrosée fardée pour préférer celui d’une libraire féministe (et célib’ endurcie) qui voit ses certitudes ébranlées par sa rencontre soudaine avec son voisin de palier Pio Marmaï, livré à des mésaventures familiales. Le film questionne ces liens intenses qui se fabriquent parfois très vite, au gré des circonstances, et voit surgir une multitude de personnages qui, c’est un peu comme dans la vie finalement, peuvent subitement disparaître après avoir initié une grande pagaille sentimentale. L’attachement observe avec attention ce qu’une chanteuse à la voix claire appelait le Tourbillon de la vie, et il a le (grand) mérite de ne jamais cabotiner, en dépit d’une apparition rapide d’un Raphaël Quenard décidément habitué aux rôles trèsssss furtifs cette année.

The Hunt of Meral O. de Stijn Bouma (prochainement)
Pas encore de date de sortie prévue pour ce film récipiendaire du prix du Jury SFCC de la Critique (dont faisait partie votre humble serviteur), mais ça ne saurait tarder puisque le film s’est enfin saisi d’un distributeur français! L’histoire de cette mère de famille néerlandaise d’origine turque qui voit tout d’un coup l’administration fiscale lui réclamer injustement un remboursement de 34.000 euros d’allocations familiales – un scandale d’ampleur touchant 10.000 foyers qui a véritablement secoué le pays du gouda à l’orée des années 2010 – lorgne presque vers le thriller horrifique. Imaginez un lugubre agent au patronyme imprononçable pénétrer chez vous pour toucher votre lingerie en vous menaçant de détruire tout ce que vous avez bâti depuis 15 ans, et vous obtenez l’un des plus beaux portraits de femmes de ce festival, où le glauque et l’élégance trouvent souvent un terrain d’entente…

Mikado de Baya Kasmi (9 avril)
Un film où l’on entend la Rua Madureira du divin Nino + un prélude en mi mineur de Frédéric Chopin ne peut fondamentalement pas être mauvais: gageons même qu’il peut être bon, et que c’est le cas de ce nouveau long de Baya Kasmi (complice de toujours de Michel Leclerc) où Félix Moati et Vimala Pons vivent d’amour et d’eau fraîche et trimballent leurs enfants bohèmes sur les routes de France et de Navarre. La petite cellule familiale vit, tel Raphaël, dans une caravane et n’a pas pour objectif dans la vie de se fixer quelque part et d’enfiler de confortables pantoufles qu’elle préfère laisser à ces vilains bourgeois sédentarisés (maudit Néolithique). Sauf que quand la thune vient à manquer, elle est bien contente de pouvoir squatter l’onctueuse demeure de Ramzy Bédia, un enseignant solitaire et sympa-comme-tout qui les accueille un peu plus longtemps que prévu… Une comédie douce-amère qu’on pourrait situer au croisement des Babas-Cool (le film de 1981 avec le Splendid) et Running on Empty de Sidney Lumet, dont Mikado reprend fidèlement le questionnement: qu’est-ce qui se passe quand les fils n’en peuvent plus de leurs utopistes-mais-envahissants parents?

Marco, l’énigme d’une vie de Aitor Arregi et Jon Garaño (7 mai)
Sur la cote ibérique, c’est une figure de héro, un homme au grand charisme qui a été des décennies durant le porte-parole de l’association espagnole des victimes de l’Holocauste. Seul petit hic concernant cette figure hautement médiatique, mix physique entre Jean-Pierre Lavoignat et Vicente del Bosque époque Coupe du monde 2010: il prétend être un survivant des camps de concentration, ce qui s’avère être… un mensonge éhonté. Le Jean-Claude Romand catalan, qui a existé dans la vraie vie (le livre de 2014 de Javier Cercas L’imposteur, d’ailleurs présent à la fin du film, lui est consacré) va donc voir l’étau se refermer sur lui. Et gérer l’embarras des institutions mémorielles qui comprennent peu à peu toute la mesquinerie de l’homme qui, loin de la légende à laquelle son cerveau s’est probablement mis à croire, a notamment contribué à la coopération entre Franco et Hitler… Si la forme du film est plate et le design sonore proche d’un film de télévision, le récit, adressant de drôles de questions morales au spectateur – faut-il biffer d’un coup de crayon tout l’héritage de celui qui, pendant un demi-siècle, a réellement permis à l’Espagne de regarder ses travers en face? – est lui rondement mené: ça aurait très bien pu choper un prix du Scénario à la dernière Mostra de Venise, où le film était présenté en Orizzonti…

Honeymoon de Zhanna Ozirna (prochainement en salle)
Le bonheur du jeune couple Taras et Olya, qui vient tout juste d’emménager à deux, est mis en péril par l’invasion russe en Ukraine. Lauréat de l’Atlas d’or, cet home invasion – là encore basé sur des faits réels, pour ceux qui n’auraient pas suivi – raconte une nuit de bascule qui voient nos deux tourtereaux créatifs (ils sont fans de Derrida) passer de l’insouciance lors d’une réception avec les copains à la maison à un réveil provoqué par le bruit soudain des blindés, dans un espace que la caméra ne quittera jamais, même pour filmer les bottes poutiniennes au seuil de la porte… Tout ne sera que retentissement d’explosions et jeux de lumière oppressant, mettant à l’épreuve un couple contraint de remaker fissa Sans un bruit sous peine de se faire remarquer (et donc possiblement zigouiller) par le contingent ennemi. Si le film a quelque chose de vaguement arty et murmure parfois un peu trop fort l’intensité, reste un long-métrage réussi ponctué de quelques notes horrifiques, ce qui n’est pas une mauvaise idée pour signifier l’effroi guerrier et… conjugal. Non?

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