Vu au Arras Film festival: « Leurs enfants après eux » des Boukherma Bros, un « doudou movie » en route vers un nouvel « Amour ouf »?

Août 92. Une vallée perdue dans l’Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus. Anthony (joué par un Paul Kircher fraîchement récompensé à Venise), quatorze ans, s’ennuie ferme. Un après-midi de canicule au bord du lac, il rencontre Stéphanie (Angelina Woreth). Le coup de foudre est tel que le soir même, il emprunte secrètement la moto de son père pour se rendre à une soirée où il espère la retrouver. Lorsque le lendemain matin, il s’aperçoit que la moto a disparu, sa vie bascule.

Le cinéma du look est-il de retour? Moins tonitruant – et plus abouti – que son cousin germain L’Amour Ouf – Leurs Enfants après eux pioche pourtant dans la même armoire à trucs que son onéreux prédécesseur cannois: transposition libre d’un roman préexistant (lui-même plus ou moins ouf), tracklist musicale à fond les ballons, accès de violence épidermiques venant noircir la tonalité mélo de la chose, volonté manifeste de proposer un film d’époque que les jeunes générations pourraient chérir tel un doudou-movie…

À ce jeu-là, le frères Boukherma s’en sortent plutôt bien, l’item étant pour le coup confortablement emballé : on ne s’ennuie guère devant cette imposante fresque de deux heures seize répartie sur quatre étés, allant d’août 1992 – un grand cru s’il en est puisqu’il est le mien – à juillet 1998, et ses ruelles chaudes enivrées par l’improbable doublé de Lilian Thuram face aux Croates. On est même pleinement séduits par le jeu de Paul Kircher et d’Angelina Woreth, bichonnés comme il faut par le directeur photo attitré des deux frangins, Augustin Barbaroux. Reste que la greffe entre le cinéma de bric et de broc des Boukherma et la pièce montée Chi-Fou-Mi à 12 millions de budget ne prend jamais totalement.

Dans son rôle de père abimé (et imbibé) par l’existence, Gilles Lellouche – on ne vous l’a pas dit à ce stade mais il joue également dans le film… – est assez clairement à côté de ses pompes: jamais trop pour faire basculer le film du côté du gênant, mais suffisamment pour qu’on s’interroge sur l’authenticité de certains personnages, bien trop épurés par rapport au roman. On ne s’ennuie guère tout du long, donc, mais on ne décolle jamais vraiment les deux pieds du sol non plus, malgré une enfance placée sous le signe de la VHS où l’on écoutait nous aussi Under The Bridge – l’unique bon titre des Red Hot – jusqu’à plus soif et où on demandait constamment à notre petite cousine aux bagues orthodontiques: « T’as mis du daquin? ». Pas sûr que ce soit suffisant pour que ce film mignon nous emporte totalement.

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