Les années 80, dans le nord de la France. Jackie et Clotaire grandissent entre les bancs du lycée et les docks du port. Elle étudie, il traine. Et puis leurs destins se croisent et c’est l’amour fou. La vie s’efforcera de les séparer mais rien n’y fait, ces deux-là sont comme les deux ventricules du même cœur…
Deux dominantes évidentes dans cette compétition cannoise: les gros melons et les jeunes femmes à poil. Intuitivement, on s’était dit que le Lellouche – même séparé de Dujardin ou de Bedos – irait plutôt miser ses jetons sur le second panier. Intuitivement, on s’est trompés, puisque L’Amour ouf et ses rutilants 30 millions de budget a préféré engloutir tout ça dans des scènes de baston haute voltige plutôt que dans des paires de boobies. Première surprise. Côté melon, le Gilles, qui avait incontestablement réussi quelque chose avec son Grand bain (2018), a ici cherché avec ce nouvel opus à quitter la cour de récré pour s’inscrire dans les pas des grands. Et pour lui, c’est très simple: on n’est pas grand si on ne multiplie pas les effets visuels et les travellings tonitruants, assez souvent marqués par le sceau de la gratuité, et réciproquement, on doit être chiant si on laisse sa caméra sur pied.
L’étonnant moteur du film veut pourtant que le Gillou ait tenté, en dépit de ce dispositif bien particulier, de faire un film d’acteur, un écrin où pourrait briller tout ce que Dupieux avait déjà réuni peu de temps avant lui: Zadi, Lacoste, Exarchopoulos, Chabat, Quenard et peut-être d’autres… Il en ressort un film extrêmement tonitruant dans ses intentions – faire un monument du cinématographe façon Megalopolis bien de chez nous – mais dont on perçoit bien rapidement qu’il a récupéré chez le tailleur une paire de chaussures trop grande pour lui: rien ne justifie dans ce film ni l’argent dispatché à l’écran, ni cette durée de 2h46, ni le souffle épique que cette histoire d’amour empêché par le destin ne voudrait incarner.
C’est aussi parce que le film est irrégulier, voire frankensteinien: il faut voir comment L’Amour ouf s’offre le luxe de négliger sa sous-intrigue impliquant Vincent Lacoste et Adèle Exarchopoulos pour comprendre que cet étrange objet bling-bling n’est en définitive pas été assez travaillé. Pourtant, lorsque le film ne prétend pas au chef-d’œuvre du septième art, lorsqu’il est porté dans sa première heure par des acteurs adolescents pour le coup finement dirigés – acteurs que le star-system n’a pas encore englouti – le long-métrage se révèle plutôt inspiré. Voici un exemple limite de film autophage, mangé par ses propres stars, en premier lieu le lieutenant François Civil, figure sûre qui nous rend une copie bien fébrile, à l’image du Mbappé qu’on a vu cette saison en Ligue des champions. Si la compétition avait été relevée, on aurait comme tout le monde ici crié au frémaux-scandale, mais on a presque envie de dire qu’on est face à un objet purement médian, très moyen en somme, moins catastrophique que certains laissent entendre, mais collé à un milieu de tableau qui n’était définitivement pas son milieu originel. Oui, ça fait cher les 30 patates, mais il n’y a pas de raison que l’adage ne prévale que pour cet objet-ci, non? G.R.
| 16 octobre 2024 en salle | 2h 46min | Comédie, Musical, Romance, Thriller De Gilles Lellouche | Par Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi Avec François Civil, Adèle Exarchopoulos, Mallory Wanecque |


