« Fondu au noir » de Vernon Zimmerman : un film à la cinéphilie serial-killeuse

Assez méconnu, Fondu au noir (Fade to Black) de Vernon Zimmerman appartient à ces films découverts durant l’Étrange Festival (année 2010, pour être précis) et dont on se souvient encore pour leur capacité à déjouer les attentes avec un tel sujet. Celui d’un homme partageant son domicile de la banlieue de Los Angeles avec sa tante handicapée et s’ennuyant dans son boulot de coursier de matériel publicitaire, qui s’invente un monde imaginaire pour échapper à son quotidien et qui, après une énième humiliation, bascule définitivement dans la folie : il se met à incarner les plus grands tueurs de l’histoire du cinéma et à reproduire leurs meurtres.

En réalité, c’est trompeur puisque c’est moins un film sur un cinéphile qu’un film sur ce qui arrive lorsque la cinéphilie cesse d’être une passion pour devenir une pathologie. Le personnage principal, interprété par Dennis Christopher, ne regarde pas les films, il les habite. Sa chambre est un sanctuaire encombré d’affiches, de projecteurs et de souvenirs, sa mémoire est faite de répliques et de visages, et son vocabulaire appartient entièrement à Hollywood. Dès l’ouverture, la voix de James Cagney dans L’Ennemi public (William A. Wellman, 1931) se mêle à celle d’Eric, qui récite les dialogues en même temps que lui. Le cinéma est son refuge contre un monde qui l’humilie, mais ce refuge est déjà une prison.

Zimmerman construit alors une sorte de musée malade du cinéma américain classique et les meurtres du personnage, lorsque quelque chose se dérègle, sont des scènes rejouées de films, reprenant le vieux fantasme moral d’un cinéma qui rendrait violent et le retournant contre lui-même. Le film entretient volontairement cette confusion entre réalité et fantasme. Plus Eric sombre, plus les événements semblent obéir aux règles d’un film qu’il aurait lui-même écrit. Certains dialogues paraissent trop parfaits, certaines rencontres trop providentielles, certaines situations trop invraisemblables pour être entièrement réelles. Le magnifique plan où le visage de l’anti-héros, maquillé en Dracula, apparaît partagé dans le miroir entre l’homme et le personnage donne une forme presque théorique à cette métamorphose. Et Marilyn, rencontrée sous les traits d’un sosie de Marilyn Monroe, n’est elle-même presque plus une femme, mais une image désirée. Le cinéma devient une membrane entre lui et la réalité, jusqu’à ce que cette membrane soit la seule réalité qu’il lui reste. L’amour du cinéma comme un amour de l’illusion, du mensonge, de la métamorphose, où les images peuvent sauver comme elles peuvent donner envie de s’y dissoudre. Fondu au noir, sur une vie. Meilleur titre possible. Le film est disponible en Blu-ray fin octobre.

 

Titre original : Fade To Black
Réalisation : Vernon Zimmerman
Année : 1980
Origine : États-Unis
Durée : 102 min.

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