Ce nouveau quart de siècle aura vu évoluer l’industrie du jeu vidéo dans des directions décidément inattendues : entre l’effacement progressif de Xbox, dont la myriade de bons jeux sortis cette année ont souffert d’une image de marque dégradée, la panne d’inspiration de certains mastodontes du secteur, les renvois continus de dizaines de milliers de développeurs et les recours désespérés de certains studios à l’IA générative, bien souvent imputables à un secteur devenu de plus en plus poreux aux tendances actionnariales, force est de constater que le jeu vidéo AAA ne fait plus briller le médium comme autrefois. Si du temps du grand raout estival de l’E3, les joueurs et joueuses du monde entier cochaient dans leur calendrier la sortie de chaque grosse sortie avec impatience, une attitude de défiance semble aujourd’hui se généraliser, au profit des plus petites productions, du succès surprise que personne n’a vu venir, et peut-être aussi des propositions plus bizarres (plus chaos ?).
Certes, la sortie l’année prochaine d’un certain GTA VI devrait faire en partie mentir les présages anticipant la mort du mode de production AAA, tant la licence de Rockstar possède encore une force de traction capable de sauver la fin de vie de cette drôle de génération de consoles, mais un regard rapide jeté sur cette année 2025 suffit à faire penser que l’âge doré des grosses productions se trouve certainement derrière nous. À cet égard, la sensation de cette année, Clair Obscur: Expedition 33, invite autant l’industrie à repenser ses modèles de production (le jeu a été conçu par une équipe d’une trentaine d’employés, avec un recours important à l’externalisation) qu’elle ne témoigne d’un certain brouillage des catégories. AA ? AAA qui ne dit pas son nom ? Comment qualifier ces productions qui, les technologies se démocratisant, les savoir-faire en matière de game design se généralisant, et les employés claquant la porte des principaux studios (quand ils ne sont pas licenciés), viennent apporter une réponse à la fatigue des AAA traditionnels ?
Pris dans cet engrenage déboussolant, le jeu indépendant se retrouve lui aussi contrarié. En 25 ans, ses formes ont changé, se sont amplifiées, et ce qui relevait autrefois de la coquetterie de catalogue devient pour les éditeurs, les constructeurs et les plateformes une denrée convoitée, faute de plus grosses têtes d’affiche à essorer. Que peut-on alors toujours qualifier de jeu indé en 2025 ? Un jeu, édité par un tiers et mis en avant dans des conférences de Sony, porté par un passionné durant huit années avec l’aide de plusieurs dizaines de personnes pour faire aboutir sa vision (Blue Prince) ? Le deuxième opus d’un succès à la quinzaine de millions de copies vendues, ayant bénéficié de sept luxueuses années de développement et d’une visibilité continue dans les événements des principaux constructeurs (Hollow Knight: Silksong) ? Ou bien le petit projet porté par une seule personne, bidouillé grâce à des tutos et des ressources gratuites en ligne ? Dans cette grande rétrospective 2025, où les jeux se qualifiant d’indépendants nous sont apparus comme les pourvoyeurs des expériences vidéoludiques les plus marquantes, il nous est ainsi apparu nécessaire de scinder en deux cette catégorie, entre les plus grosses productions ayant bénéficié de financements abondants et les plus petits jeux fabriqués par des développeurs solo ou presque.

Clair Obscur : Expédition 33, Death Stranding 2, Donkey Kong Bananza : les GOTY évidents ?

2025, année du jeu de course fun


Nos petits indés favoris (solo dev, ou presque)
PS. Les jeux qu’on aurait aimé faire…
Puisqu’on a qu’une vie et que les jeux vidéo ont tendance à s’allonger (plus que les films), il y a des jeux auxquels on aurait aimé jouer en 2025 et qu’on devra, faute de temps, reporter à 2026. Tout d’abord Silent Hill f, vrai épisode inédit de la mythique saga de survival horror de Konami, un an après le brillant remake de Silent Hill 2 par Bloober Team. Se déroulant dans le Japon rural, et empruntant quelques mécaniques aux souls-like, on a ouï-dire que ce Silent Hill f redorait le blason de l’éditeur japonais après des années de traversée du désert. En 2019 on avait pu découvrir Hades au moment du boom du roguelite, jeu de Supergiant Games, qui en devenait instantanément le nouveau mètre étalon. Hades 2 en peaufine les mécaniques, en approfondit le gameplay, tout en complexifiant son univers. On le met bien sûr tout en haut de notre wishlist. Citons enfin quelques titres en vrac : Wanderstop, Routine, Despelote, Wednesdays, Skate Story, The Séance of Blake Manor, The Alters…



