[SERIAL MOTHER] John Waters, 1994

Beverly (Kathleen Turner) est une femme parfaite pour son mari (Sam Waterston), une mère accomplie pour ses deux enfants (Ricki Lake et Matthew Lillard), une excellente cuisinière pour tout le monde. Bref, c’est une supermaman. Mais, en vrai, Beverly n’est pas tout à fait le personnage que l’on imagine. Elle est bien plus que ça. Elle est bien pire que ça…

Fasciné par les serial killers, les chaises électriques, les héroïnes divistes et les flamands roses, le cinéaste de Baltimore raconte dans Serial Mother comment une gentille mère de famille Ricoré (Kathleen Turner, géniale, comme un poisson dans l’eau) se révèle en réalité une atroce tueuse en série zigouillant ceux qui disent du mal de ses enfants (un prof de maths visqueux à qui elle avait pourtant préparé un joli cake, une vieille cliente de vidéo-club fan de la comédie musicale Annie et du léchage de pied par son clébard assassinée à coups de gigot) ou ceux qui leur font du mal (l’amoureux secret de sa fille jouée par Ricki Lake, si indélicat, qu’elle va le trucider avec un tisonnier), ceux qui font du mal à ses amis les oiseaux (un couple de voisins client de son mari dentiste), ceux ou celles qui défient le bon goût (la membre du jury portant des chaussures blanches à la mauvaise saison). Dès qu’il y a désordre dans sa famille, sa maison ou sa vision, la schizo Serial Mom devient rouge colère.

Dans Serial Mother, le plaisir nait de voir la vamp sexy des années 80 de La Fièvre au corps et Les jours et les nuits de China Blue momifiée en respectable desperate housewife tirée à quatre épingles triant ses déchets et jouissant à l’idée de faire des cookies, insoupçonnable tueuse en série qui, dès potron-minet, communique avec les moineaux, apporte le paquet de corn-flakes à ses enfants à table et qui, seule, appelle ses affreuses voisines au téléphone pour leur déverser des perles d’insanité («Je suis bien chez la suceuse de bites? Pétasse, radasse, sac à foutre!»). C’était cinq ans seulement avant une autre métamorphose, physique et moins drôle celle-ci, en mère toxique dans Virgin Suicides de Sofia Coppola.

Ce bon vieux fan des héroïnes sexy-méchantes de Russ Meyer (Faster Pussycat Kill Kill! reste son film préféré au monde) a dû juger subversive l’idée de faire jouer à une actrice comme Kathleen Turner ce qu’il aurait probablement proposé à sa merveilleuse muse de Divine et donc l’idée de faire commettre à des stars Hollywoodiennes des comportements aberrants ou monstrueux. Le geste n’est pas innocent: Divine, elle aussi, a joué une tueuse en série dans l’hilarant Female Trouble (1973), dont Serial Mother peut se voir comme un amusant remake. Fort de cette formule, Waters retentera ce qu’il avait réussi avec Kathleen Turner en conviant des années plus tard la has-been Melanie Griffith dans Cecil B. Demented (2000) pour lui donner un rôle de star connasse maquillée comme une voiture volée, kidnappée par des terroristes cinéphiles pour figurer dans un film d’avant-garde. Tout cela pour finir en partouze sur le toit d’un drive-in. On se souvient que la satire Hollywoodienne où le cynique fleur bleue défendait les spectateurs de cinéma porno et de kung-fu, se moquait de Docteur Patch et Forrest Gump, citait Fassbinder au détour d’une phrase puis Sunset Boulevard à la fin, était assez hilarante. Mais la rencontre John Waters/Melanie Griffith n’était pas aussi efficiente ni aussi marquante que celle de John Waters/Kathleen Turner.

La preuve, Serial Mother est resté culte, inusable d’un bout à l’autre, que ce soit le temps d’une course-poursuite où Serial Mom est poursuivie par des dizaines de voitures de flic ou le temps d’une messe où, au moment d’éternuer, elle crache un immonde glaviot atterrissant sur la joue d’un bébé. Même dans une forme plus classique, Waters continuait de citer la contre-culture: le fils de Serial Mom (Matthew Lillard, des années avant de jouer l’un des deux tueurs du Scream de Wes Craven) passe un extrait de Blood Feast de Hershell Gordon Lewis à ses potes en disant qu’il s’agit du « Citizen Kane du gore ». Le réalisateur de Pink Flamingos rappelait incidemment, et pour de rire, que son pays, fondé sur la violence et siphonné sous ses dehors respectables, tout comme l’industrie Hollywoodienne (Suzanne Somers apparaît à la fin dans son propre rôle, déjà castée pour l’adaptation cinématographique de la vie de la tueuse Beverly avant même la fin du procès) adore les tueurs en série et prend plaisir à médiatiser leurs procès.

25 mai 1994 en salle | 1h 35min | Comédie, Thriller
De John Waters | Par John Waters
Avec Kathleen Turner, Sam Waterston, Ricki Lake

Les articles les plus lus

« Resident Evil 3 : Nemesis » / « Resident Evil 3 Remake »

On cite souvent Resident Evil 4 comme l’épisode qui...

« Resident Evil 0 »

Difficile de placer cet épisode sur l’échiquier Resident Evil....

« Resident Evil 5 »

Tout (ou presque) ce que Resident Evil 6 a...

« Resident Evil Revelations »

Les deux Revelations ne font décidément pas partie du...

« Resident Evil 6 »

Il fut un temps où Capcom, en manque cruelle...

« Resident Evil Revelations 2 »

Quand la saga creusait sa tombe. Après 10 années...

Cannes 2026 : la Semaine de la critique, l’ACID et la Quinzaine des cinéastes s’affichent

Découvrez les affiches pour les sections parallèles du Festival...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!