Réalisé à la fin des années 90, Hustler White est le film qui a largement contribué à mettre en lumière deux parcours jusque-là planqués dans l’obscurité: celui du photographe Rick Castro et celui du réalisateur Bruce LaBruce qui, ensemble, ont cosigné cet étrange périple d’un écrivain engagé pour faire une étude anthropologique sur la population homosexuelle de Santa Monica Boulevard à Los Angeles et tombant en pâmoison devant un prostitué du coin. C’est Mort à Venise, de Visconti, mais à L.A. par un petit prince du trash. Cette « comédie romantique » a connu une vraie médiatisation grâce à la présence de Tony Ward, mannequin huileux et ancien petit ami de Madonna (on le voit dans le clip Justify My Love de Jean-Baptiste Mondino, notamment) dans le rôle du hustler white du titre. Bruce LaBruce joue le rôle de l’écrivain éperdu et se nomme Jürgen Anger (coucou Kenneth). Dictaphone à la main, il retranscrit ses pérégrinations dans une Los Angeles aux allures de Sodome moderne. Et tout le monde en fait des kilotonnes que ça en devient assez drôle.
Au début des années 90, Bruce LaBruce n’était connu que d’un petit cercle d’initiés en raison d’un premier long métrage sincère et troublant intitulé No Skin Off My Ass. Il y jouait déjà, avec une absence totale d’inhibition, traduisant des fantasmes que pas grand-monde jusque-là n’avait osé filmer ainsi, ne trichant pas avec ses désirs. Glam-trash à mort, Hustler White reste ce qu’il a signé de plus accessible, même si on reste très loin du cinéma de consommation courante (en gros…). La forme adopte le style fauché des films underground des années 70, à l’arrache à la Warhol, et un peu l’esthétique des pornos californiens, supervisée par le photographe Rick Castro. En substance, c’est une relecture de Boulevard du Crépuscule, de Billy Wilder, soulignant, pour celles et ceux qui l’ignoraient, que non, rien n’est rose dans la Cité des anges. Libre à chacun d’adhérer ou pas aux nombreuses transgressions (corps tailladé à la lame de rasoir, gang bang, pénétration par le moignon d’un unijambiste…), mais le film avait « quelque chose » dans sa façon de rire d’un monde interlope extrêmement codifié et dont on découvre tout, et aussi dans sa mélancolie fin de siècle. On pense, chemin faisant, à Paul Morrissey (Flesh, Trash, Heat, de la trilogie «New York Underground») et à Kenneth Anger (Scorpio Rising). Et ce n’est pas un hasard non plus si Tony Ward évoque Joe Dallesandro, le tout avec une vraie frontalité dans la représentation de la sexualité.
Lors de sa sortie dans les salles en France, la « dimension cartoon par un Russ Meyer gay » du film fut hélas mise en sourdine par l’odeur du scandale. Seul comme un grand, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang s’est battu contre l’Union Nationale des Associations Familiales qui voulait littéralement bannir Hustler White (on imagine pourquoi) et l’alors ministre de la Culture Catherine Trautmann avait refusé de céder, faisant s’éloigner l’ombre d’un classement X – le film sera juste interdit aux moins de 16 ans et sortira bien dans nos salles françaises. Ajoutons par ailleurs que l’édition DVD zone 2 de Hustler White est collector. En raison d’un bonus unique en son genre où l’on assiste au visionnage du film par le réalisateur et deux hustler assis sur un canapé qui visiblement avaient envie de s’amuser pendant l’enregistrement de ce supplément. Tout est filmé, sans censure. Brut de décoffrage et, une fois encore, drôle dans sa franchise. À plusieurs reprises, LaBruce accélère avec sa télécommande en argumentant que certaines séquences totalement inutiles servaient juste à remplir les vides. En fait, John Waters pouvait prendre sa retraite dès 1996, le nouveau pape du trash s’appelle désormais Bruce LaBruce.
3 septembre 1997 en salle | 1h 20min | Drame, ErotiqueDe Bruce LaBruce, Rick Castro | Par Bruce LaBruce, Rick Castro Avec Bruce LaBruce, Tony Ward, Kevin P. Scott |
3 septembre 1997 en salle | 1h 20min | Drame, Erotique

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