« Highest 2 Lowest » de Spike Lee : réadaptation libre et urbaine d’un classique sans regard nouveau

Présenté à Cannes en hors-compétition et sorti directement en VOD, le projet était, sinon inattendu, à demi-étonnant. C’est que le réalisateur a déjà versé dans le remake d’une œuvre asiatique avec son Old Boy inutile. Si l’on entrevoit la familiarité secrète du réalisateur pour le classique néo-noir urbain Entre le ciel et l’enfer, en interview l’intéressé confia son désir de réutiliser la trame d’origine, son rapport de force social, pour le mouler à ses propres obsessions, ajoutant qu’il ne s’agit pas tant ici d’un remake que d’une réadaptation. L’image qu’il utilisera est parlante, associant l’œuvre originale à un « standard classique », tel un morceau de jazz libre de réinterprétation.

S’ouvrant sur des vues New-Yorkaise aussi circulaire que platement illustrative, l’objectif s’élève vers les hauteurs, la villa sur la colline surplombante de Kurosawa troqué par un building en forme d’aileron de requin. Une image forte à propos pour caractériser celui autour duquel le film tournera, David King (Denzel Washington), magnat du disque magnétique, colosse orgueilleux au pied d’argile. Roi, il l’est assurément, après que sa petite cour nous sera présentée, le temps d’une descente au cœur de la métropole où le cabotinage des personnages se mêle au jeu de miroir, aux passations faux-fuyantes, aux reflets de vitrines. Des tractations économiques plus tard, quant à savoir si notre héros doit vendre sa société musicale de production ou racheter la part de ses actionnaires, l’enjeu au cœur du récit débarque (sans bruit, façon pétard mouillé) : le kidnapping du fils, dont suivra le quiproquo avec la progéniture de son chauffeur (Jeffrey Wright), jusqu’au dilemme qu’implique la rançon.

Sauf que, disons-le d’emblée, quelque chose manque : serait-ce la caractérisation lisse des personnages empêchant toute immersion émotionnelle ? Le manque paradoxal d’ampleur ? La volonté forcée d’une narration efficace, effaçant toute prise de recul, tout réalisme ? Dans tous les cas, le soufflé retombe. Et tout le reste du long-métrage, malheureusement, restera sur cette teneur programmatique. La forme est là, les séquences sont certes réadaptées (impliquant une comparaison forcément décevante), mais le suspense est éliminé et les enjeux sont pauvres (le dilemme moral de la rançon n’ayant plus lieu d’être tant les injonctions à consentir sont nombreuses et évidentes). Quant aux personnages, ces derniers perdent leurs pouvoirs pro-actifs, dépassés par les événements, passifs face à leurs déroulés. Et ce ne sont pas certains symptômes clinquants de mise en scène, tels que les gimmicks de transition ou les sur-découpages (injustifiés et absurdes) des plans, qui feront passer la pilule. En témoigne cette séquence clé de filatures, où le métro remplace le train nippon d’origine, à l’issue de laquelle la perte du magot devenant faussement accidentelle, et où la course-poursuite sera l’une des plus mollassonnes de 2025.

Paradoxalement, c’est aussi dans cette séquence de rue, où la filature côtoie la samba festive, que l’on repère la patte du réalisateur originaire de Brooklyn, et ses réelles motivations. Échouant à travailler son suspense, au moins donne-t-il corps à l’énergie éclectique, bouillonnante, multiculturelle de la grosse pomme… et plus globalement au contexte dans lequel s’inscrivent ses personnages. Ce qui intéresse Spike Lee n’est pas tant le rapport de force sociale et binaire d’origine qu’ici les dynamiques culturelles, et plus précisément le contraste entre les membres d’une même industrie racisée (celle de la musique), l’affranchissement qu’elle permet ou non. De ceux qui réussissent, des autres qui galèrent. En témoigne le name-dropping permanent, et les références visuelles parasitant les plans (jusqu’à cette séquence décriée et ridicule où notre héros livre son affliction face à des cadres photos d’icônes afro-américaines).

Le dernier acte du film sera représentatif, l’un des plus intéressants, dès lors où le réalisateur s’affranchira du canevas d’origine, éjectant l’enquête policière attendue au profit d’un règlement de compte personnelle aboutissant à une confrontation (une des meilleures scènes du film) entre le boss d’une industrie, affranchie du jeu social, et l’un de ses plus simples maillons, qu’est l’artiste, un jeune rappeur-ravisseur (joué par ASAP Rocky). Punchlines, confessions, jusqu’au gimmick d’un duel clippesque en travellings frontaux. Mais hélas, trop tard pour sauver l’ensemble… Et ce n’est malheureusement pas la dernière séquence chantée, aussi futile qu’un joli ornement, pour contrebalancer ce que tous ces défauts ont alourdi des quelques éminences ici et là.

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