[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Le sabre des gardiens » de Yuen Woo-Ping, film d’ouverture qui lance les festivités sous la plus haute énergie

L’Étrange festival, 32ᵉ édition, c’est parti ! Pour lancer les hostilités, quoi de mieux que de confier le film d’ouverture à un cinéaste octogénaire ? Pas grand-chose, puisque ça n’est pas n’importe qui, en la personne de Yuen Woo-Ping, déjà derrière Drunken Master et Iron Monkey, et ici décidé à revitaliser le blockbuster chinois d’arts martiaux. Pour ce faire, le chasseur de primes Dao Ma doit escorter Zhi Shi Lang, homme le plus recherché de l’Empire, jusqu’à la capitale, non sans embûches et péripéties coriaces. Scénario XS pour spectacle XXL, et de quoi lancer les festivités sous la plus haute énergie.

C’est à cet égard que le long-métrage remplit tous les attendus, plaçant son intrigue au cœur d’un désert immense dont l’ambiance aride convoque rapidement le grandiose, puisant chez le western comme dans le récent maelström de Fury Road. Assez magnifiques tant elles évoquent les parchemins qui dépeignent les grandes légendes, les teintes diaphanes et brunes qui habillent le film, plus en contraste qu’en couleurs saillantes, s’ajoutent ainsi à une mise en scène embrassant une fluidité presque vidéoludique pour en tirer le spectacle le plus libre possible.

Les qualités attendues du genre sont bien là, à commencer par la beauté des costumes et décors, mais l’heure est à la revitalisation, à commencer bien sûr par les séquences d’action. Quoique un peu atténuées par un montage parfois surexcité et une mise en scène plus illustrative que véritablement force de proposition, les pirouettes et trouvailles d’action se multiplient sans jamais s’arrêter, toujours dans une frénésie contagieuse qui convoque, par l’inventivité même des coups et armes, un plaisir presque enfantin de frémir à la découverte des capacités spéciales de tel ou tel personnage. On retiendra ici particulièrement le face-à-face final, démonstration d’épique et de chorégraphie génialement menée, mais surtout un affrontement mêlant combat au sabre et pyrotechnie, comme une façon d’ouvrir le spectacle à toutes les idées et envies, tant qu’il y a de la dopamine à la clé. Outre les idées foisonnantes, c’est sans doute parce qu’il parvient à allier acrobaties millimétrées et sens de l’organique que le cinéaste touche véritablement juste.

Si les corps sont d’une légèreté presque irréelle, profitant à la composition de cadres parfois proches de la BD (on ne s’étonnera pas d’apprendre que le film adapte un manhua), ce dynamisme cherche avant tout la brutalité, celle qui fait ressentir chaque coup dans la chair, mais surtout voir, dans la complexité des gestes, leur nature très physique.

En bref, de quoi largement rassasier les aficionados de wu xia pian, tant le spectacle se montre à la hauteur. Pour les moins accoutumés (dont l’autrice de ces lignes), il faut bien avouer que les limites du genre trouvent ici une forme décuplée, à commencer par quelques grossièretés scénaristiques. Difficile d’abord de déceler dans les cartons de textes nommant chaque personnage leur véritable caractérisation, la galaxie d’acteurs en jeu menant assez rapidement à la confusion devant un récit qui aurait sans doute largement bénéficié d’une durée plus longue pour satisfaire son ampleur. En résultent des personnages souvent très sommairement construits, sinon comme des fonctions ou archétypes dont la profondeur émotionnelle s’en trouve réduite, ne serait-ce, dès le départ, que chez l’enfant que protège le protagoniste, finalement pas beaucoup plus qu’un gadget mignon et amusant sans vraie importance.

À confondre vitesse et précipitation, mais surtout complexification à outrance, le film se voit forcé de délivrer des dialogues majoritairement très explicatifs des relations, du background et des motivations de chacun, dans une sorte d’emphase épique permanente qui refuse donc tout sous-texte, et donc une vraie vitalité chez ses personnages.

Yuen Woo-Ping semble alors peu à peu courir après son propre film, dont le choix de toujours jouer une note haute, pour le spectacle à tout prix, pousse à alimenter la machine par un montage à toute allure et une dramaturgie parfois assez artificielle, ne laissant jamais vraiment le temps aux personnages et émotions d’exister. À mi-parcours, l’action en devient alors assez lassante, trop systématique malgré les moments de bravoure géniaux et les trouvailles toujours amusantes.

D’une colonne vertébrale narrative très simple, à savoir une quête d’escorte, l’ambition du grand devient peut-être celle du trop, accumulant les personnages de passage là où il faudrait s’en dépouiller autant que les péripéties et trahisons pour relancer l’attention sans toutefois retrouver le cœur du geste dans cet amas. On fonce à toute allure vers un final héroïque au possible, sans parfois se rendre compte de l’émotion et de la profondeur des enjeux laissés en chemin. À nouveau, le désagrément trouvé dans ces limites sera au niveau de l’adhésion de chacun aux codes du genre, forcément plus propice au grandiose qu’à l’intime.

Avec : Wu Jing, Nicholas Tse, Yu Shi, Chen Lijun, Sun Yizhou…
Scénario : Su Chao Pin, Larry Yang, Chan Tai Lee, Yu Bai Mei
Photographie : Tony Cheung Tung-Leung
Montage : Cheung Ka Fai, Super Zhang
Musique : William Wu
Production : Wu Jing, Yu Bai Mei

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