L’Étrange festival, c’est aussi l’occasion de dénicher des pépites dont le succès à l’autre bout du globe ne permet pourtant pas toujours une arrivée sur nos écrans français. Succès surprise du box-office mexicain l’hiver dernier, Tormento laisse entendre son potentiel d’efficacité dès son pitch, voué à foncer tout droit : après avoir renversé un homme et s’être enfuie, Brenda, une agente de sécurité insomniaque mutée dans une morgue, est assaillie durant toute une nuit par ses fantômes.
C’est alors à la façon d’un jeu vidéo que l’on découvre ces lieux, d’abord par un générique rigoureux, façon écran-titre, puis par une première exploration accompagnée, façon tutoriel. Dès lors, le film instaure, sans nécessairement le dire, l’esprit quasi-Backrooms qui animera une partie de ses effets, tant dans la déambulation au sein de couloirs entièrement vides (a priori) que dans l’aléatoire des effets qui transformeront les lieux, au fil d’idées parfois assez surréalistes. Reste malheureusement, et c’est là que le bât blesse, que cette imprévisibilité se met au service d’images et de gimmicks horrifiques malheureusement largement éculés, ne nourrissant l’idée que d’une matière bien maigre. C’est de l’exacte même manière que se construit le caractère die & retry du récit, à nouveau potentiellement proche du jeu vidéo si l’on ne tombait pas ici dans une facilité scénaristique grossière, utile à segmenter des séquences d’horreur sans s’embêter à construire une progression organique, comme s’il ne s’agissait que de reproduire la même séquence ad nauseam selon chaque possibilité horrifique envisagée à l’écriture. Le cauchemar en est de fait bien relatif, tant la seule conclusion qui menace le personnage est de se faire frapper ou projeter au mur par un esprit maléfique avant de se réveiller, un fondu au noir passé, au point de départ.
Cette répétitivité paresseuse apparaît donc bien vite comme un mantra, pour un long-métrage en forme de pur roller coaster dont la volonté de réduire au maximum le récit pourrait être bienvenue si elle n’était finalement pas une excuse pour ne chercher que le sursaut facile, et donc l’expérience la plus éphémère qui soit, à l’image d’une hégémonie horrifique blockbuster contemporaine dont on ne peut qu’avouer se lasser. Ne laissant que peu ressentir les spécificités de son auteur comme de ses origines, Tormento donne rapidement l’impression d’une énième « James Wan-erie » peu inspirée, tant ses jumpscares sont attendus, voire complètement gratuits, mais surtout constituent le seul intérêt dramaturgique du récit. Les entités antagonistes apparaissent dans le fond, disparaissent puis réapparaissent pour surgir au visage et laisser l’héroïne se réveiller en sursaut, puisque tout ceci était un cauchemar. Difficile de trouver plus galvaudé et facile, et donc difficile de tenir tout un film en répétant ce même principe, d’autant plus lorsqu’on ne le renouvelle qu’en copiant-collant des figures dépassées pour le dynamiser, du fantôme de petite fille qui pleure dans un coin aux plus récents vieux tout nus, spécialité d’A24.
Pire encore, les rares bonnes idées du long-métrage s’en retrouvent perpétuellement gâchées par son systématisme de mise en scène. Outre les caméras de surveillance, possibilité d’un panoptisme terrifiant sur les lieux façon Five Nights at Freddy’s, malheureusement exploitées uniquement pour regarder bêtement une silhouette à l’extérieur avant d’y courir, c’est sans doute dans ses rares silences, disposés à la fin de quelques plans pour laisser attendre une coupe qui ne vient étrangement pas, qu’était la vraie possibilité d’une peur loin des jumpscares. À nouveau, acte manqué. À la place, on préférera ajouter des basses écrasantes et un mixage sonore poussif pour signifier la gravité d’un instant plutôt que de la faire ressentir, de la construire dans la mise en scène. Celle-ci se montre par ailleurs académique au possible, à nouveau proche des productions à la Conjuring, aux interminables caméras flottantes, mais surtout des productions états-uniennes récentes dont l’image ne semble pas connaître la courte focale. Tout est ici, malgré des décors possiblement intéressants, terriblement gris et noyé dans le flou d’une longue focale qui, au-delà d’être peu esthétique, ruine toute possibilité de jouer dans la profondeur de ces espaces trop grands où tout est pourtant une ligne de fuite.
On ne se raccrochera donc qu’à une protagoniste certes incarnée avec conviction, mais à laquelle on peine à accrocher au-delà du vaisseau de train-fantôme, sa caractérisation ayant été expédiée entre un insert sur une conversation SMS et une radio chrétienne entendue quelques secondes dans sa voiture, dans la séquence introductive. Difficile donc de ne pas rapidement tourner en rond dans les enjeux, qui ne font qu’asséner en boucle au personnage sa culpabilité, jusqu’à conclure qu’il aurait fallu appeler une ambulance plutôt que de s’enfuir devant cet homme écrasé. Pas même la religion ne rehaussera le propos, ici tout juste moyen d’accentuer la culpabilité dans le péché.
Comme quoi, quand l’hégémonie états-unienne fait tout pour se répandre, l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs.
| Avec : Natalia Solián, Hoze Meléndez, Fernando Banda, Isabella Arroyo… Scénario : Olallo Rubio, Hugo Cardozo Photographie : Emiliano Villanueva Montage : Juan Fontana de Rosas, Cito Garcia Musique : Manuel Riveiro, Javier Umpierrez Production : Rodrigo Bello, Rodrigo Trujillo, Alejandra Vidal |


